Culture

À 23 ans, Nelio Biedermann signe avec Lázár une saga hongroise que la critique compare déjà à Thomas Mann

posted by Vincent 6 octobre 2026
Couverture du roman Lázár de Nelio Biedermann, éditions Belfond

Il a 23 ans, il vit à Zurich, et il vient d’écrire le roman dont tout le monde parle en cette rentrée. Nelio Biedermann publie Lázár chez Belfond, traduit de l’allemand par Rose Labourie, et le livre arrive précédé d’une réputation un peu écrasante pour un premier grand roman.

Le pitch tient dans une famille et trois générations. Les von Lázár sont des nobles hongrois, et on les suit depuis la chute de l’Empire austro-hongrois jusqu’à l’arrivée du communisme. Tout commence avec Lajos, né dans un château des Carpates avec une peau translucide et des yeux bleu lac, un père autoritaire et une mère que la dépression ne lâche pas. Autour d’eux, la grande Histoire avance: les guerres, la montée du nazisme, un pays qui se transforme et broie les siens.

Ce qui frappe, c’est le mélange. Biedermann fait cohabiter la violence et la poésie, le réalisme magique et un humour franchement corrosif. Il y a du gothique là-dedans, des scènes intimes très tenues, une forêt magique qui vire au sinistre dès qu’on y entre. On pense autant à un conte qu’à une chronique historique.

Lázár, de Nelio Biedermann (Belfond)

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Les comparaisons, elles, donnent le vertige. La critique sort Thomas Mann et ses Buddenbrook, cite Cent ans de solitude de García Márquez, parle de futur classique. C’est le genre d’étiquette qui peut tuer un auteur plus qu’elle ne le sert. Patti Smith a soutenu le livre publiquement, le roman est déjà traduit dans une vingtaine de langues, publié aux États-Unis, et une société allemande a acheté les droits pour le cinéma. Pour un type qui n’avait pas 24 ans à la parution, ça fait beaucoup d’un coup.

Faut-il y aller? Si vous aimez les grandes fresques familiales qui prennent leur temps, celles où l’intime et le politique se répondent sur plusieurs décennies, oui, clairement. Les 352 pages se tournent toutes seules, et la traduction de Rose Labourie rend l’écriture accessible sans la lisser. Le seul vrai risque, c’est d’arriver avec Mann et Márquez en tête et de vouloir vérifier à tout prix si le gamin tient la comparaison. Lisez-le plutôt pour ce qu’il est: une première claque, portée par une voix qui n’a visiblement pas froid aux yeux. On en reparlera, je pense, un bon moment.

Crédit photo : Éditions Belfond

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