Culture

Isabel Coixet adapte le roman-testament de Michela Murgia, et Trois adieux évite tous les pièges du film sur la maladie

posted by Vincent 1 septembre 2026
Affiche du film Trois adieux d'Isabel Coixet avec Alba Rohrwacher et Elio Germano, sortie le 2 septembre

Il y a des films sur la maladie qu’on redoute d’avance, parce qu’on sait exactement où ils comptent nous emmener. Trois adieux, en salles le 2 septembre, n’est pas de ceux-là.

Isabel Coixet y adapte Tre ciotole, le dernier roman de Michela Murgia. L’écrivaine italienne, disparue en 2023 d’un cancer qu’elle avait rendu public, en avait fait une sorte de testament. Autant dire que le matériau de départ était miné, et qu’on pouvait craindre le pire côté pathos.

Alba Rohrwacher joue Marta. Au début, rien de dramatique : une dispute idiote avec Antonio, un chef en pleine ascension campé par Elio Germano, et les voilà qui se séparent. Sauf que dans le silence qui suit, Marta sent quelque chose bouger. Ce n’est pas juste du chagrin. Elle a perdu l’appétit, et derrière ce détail se cache une nouvelle autrement plus lourde.

Là où le film surprend, c’est qu’il refuse le grand mélodrame attendu. Pas de violons, pas de scène d’hôpital tire-larmes. Coixet filme en 35 mm, avec une lumière douce, et laisse Rohrwacher porter presque tout sur son visage. L’actrice est bluffante. Chaque regard semble contenir quelque chose qu’on n’arrive pas tout à fait à nommer.

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Le vrai sujet, au fond, n’est pas la mort. C’est ce qui se réveille quand on la sait proche. Marta se met à vouloir vivre pleinement, à retrouver des désirs très concrets, presque épicuriens. Le film transforme une histoire de fin en un éloge discret de l’appétit, au sens le plus large. C’est ce renversement qui le sauve du misérabilisme.

Ce n’est pas parfait. Le rythme est lent, volontairement, et certains trouveront que ça traîne un peu sur ses deux heures. Il faut accepter d’entrer dans une temporalité contemplative, celle de quelqu’un qui réapprend à savourer les choses.

Mais si vous aimez le cinéma qui prend son temps, celui d’un Nanni Moretti ou d’une Alice Rohrwacher, la sœur d’Alba tiens, vous devriez y trouver votre compte. C’est le genre de film qui ne cherche pas à vous arracher des larmes, et qui reste pourtant avec vous plusieurs jours.

Un mot quand même sur le contexte. Lire Murgia n’est pas un préalable. Coixet a réussi à en faire un objet autonome, fidèle à l’esprit du roman sans jamais s’écraser devant la page. Rien que pour ça, ça vaut le détour.

Crédit photo : Nour Films

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