
Il y a vingt ans, Sofia Coppola débarquait à Cannes avec une Marie-Antoinette en Converse rose, des pyramides de macarons et un groupe post-punk sur la bande-son. Une partie de la salle avait sifflé. L’autre criait au petit chef-d’œuvre. Le film n’a jamais vraiment quitté cette zone grise, quelque part entre l’objet de mode et le vrai geste de cinéma. À partir du 22 septembre, Versailles tranche à sa façon : le château lui consacre une exposition entière, au Petit Trianon, c’est-à-dire dans les pièces mêmes où Coppola avait planté sa caméra.
L’idée est bonne. Plutôt qu’une rétrospective sagement accrochée dans une galerie, on déambule dans le petit domaine de la reine pendant que le film rejoue autour de vous. Des séquences sont projetées là où elles ont été filmées. Vous regardez un couloir, et le même couloir vous revient à l’écran, avec Kirsten Dunst dedans.
Le gros morceau, ce sont les costumes de Milena Canonero, qui avait décroché l’Oscar en 2007 pour ce travail. Les robes sont là, en vrai, avec leurs teintes pastel invraisemblables, à côté des chaussures dessinées par Manolo Blahnik, des storyboards, des scénarios annotés et des photos de plateau. On voit la fabrique du film, la manière dont Coppola a transformé un manuel d’histoire en clip somptueux et un peu triste.
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Le commissariat est signé Laurent Salomé et Hélène Delalex, deux pointures de la maison, ce qui évite l’écueil du gadget cinéphile. Et Cartier, partenaire principal, n’arrive pas là par hasard non plus : le film carburait déjà au bijou et au luxe totalement assumé.
Reste la question qui fâche encore un peu. On célèbre l’Histoire, ou une esthétique Tumblr avant l’heure ? Coppola n’a jamais prétendu faire un cours magistral. Son sujet, c’était une gamine de quatorze ans lâchée dans une machine qui la broie, et le film tient justement parce qu’il refuse le sérieux du biopic classique.
Pour les vingt ans, Sofia Coppola sera d’ailleurs à Paris le 20 septembre, à la Fondation Cartier, pour une séance de dédicaces gratuite. Ceux qui ont détesté le film à l’époque n’y verront qu’un caprice de plus. Les autres iront marcher dans le Trianon en réécoutant New Order, et se diront que le temps, finalement, a plutôt bien travaillé pour ce film.
Crédit photo : Château de Versailles





