Culture

Le Tintoret n’avait jamais eu sa grande expo en France, Jacquemart-André répare enfin l’oubli

posted by Vincent 31 août 2026
Le Miracle de l'esclave du Tintoret : saint Marc descend du ciel, tête la première, pour sauver un condamné devant une foule vénitienne.

Il y a des trous béants dans l’histoire de nos musées, et celui-là est vertigineux. Le Tintoret, l’un des trois géants de la peinture vénitienne avec Titien et Véronèse, n’avait encore jamais eu droit chez nous à une vraie rétrospective. C’est corrigé. Du 11 septembre au 24 janvier, le Musée Jacquemart-André lui consacre « Éternel Tintoret », et c’est sans doute le rendez-vous peinture le plus attendu de cette rentrée parisienne.

Une quarantaine d’œuvres seulement, prêtées par des collections françaises, italiennes et étrangères. Sur le papier, ça peut sembler modeste. Sauf que voilà, quand on regarde la liste, on comprend que la densité compte plus que le nombre. On y verra le fameux « Miracle de l’esclave », peint en 1548, cette scène de foule où saint Marc plonge la tête la première depuis le ciel pour sauver un condamné, dans un raccourci qui devait paraître franchement fou à l’époque. Il y aura aussi la « Danaé » venue du musée de Lyon, la « Suzanne et les vieillards » prêtée par Vienne, et l’autoportrait tardif du Louvre, un visage creusé qui vous fixe sans complaisance.

Pour rappel, derrière le surnom se cache Jacopo Robusti, né vers 1518 à Venise, mort en 1594, fils d’un teinturier, d’où le « Tintoret », le petit teinturier. Le bonhomme peignait vite, avec une énergie que les Italiens appelaient la prestezza, en mélangeant le dessin sculptural de Michel-Ange et la couleur vénitienne. Résultat, des perspectives casse-cou, des éclairages de théâtre, des corps qui basculent dans le vide.

Tintoret, de Guillaume Cassegrain

Pour prolonger la visite, la monographie de référence signée Guillaume Cassegrain remet le peintre à sa vraie place dans l’histoire de l’art.

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Le pari des commissaires, Giovanni Carlo Federico Villa, Neville Rowley et Pierre Curie, ne s’arrête pas au XVIe siècle. Ils veulent montrer à quel point ce peintre a irrigué toute la peinture française du XIXe, d’Ingres à Cézanne, qui allaient l’admirer à Venise comme on va en pèlerinage. C’est cet angle-là qui rend l’expo maligne. Pas une simple leçon d’histoire de l’art, plutôt la démonstration qu’un artiste mort il y a plus de quatre siècles continue d’agiter des peintres bien plus proches de nous.

Comptez 18 euros l’entrée, dans le cadre intime et un peu précieux de l’hôtel particulier du boulevard Haussmann, ce qui change des grosses machines du Grand Palais. Si vous ne deviez voir qu’une expo peinture cet automne, honnêtement, je mettrais celle-ci tout en haut de la liste.

Crédit photo : Le Tintoret, Le Miracle de l’esclave (Gallerie dell’Accademia, Venise), domaine public via Wikimedia Commons

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