
Cate Blanchett ne se contente pas de jouer les actrices engagées en interview. Elle agit. La comédienne australienne a lancé Proof of Concept, un programme destiné à soutenir, financièrement et concrètement, des films portés par des femmes et des minorités de genre, et consacrés à des personnages transgenres ou non-binaires. Une initiative qui vise une double absence dans le cinéma : celle des créatrices derrière la caméra, et celle de certains personnages devant.
Le projet avait été annoncé en décembre. C’est désormais le comité de sélection qui se dévoile, et il a de quoi impressionner. On y retrouve Lily Gladstone, première comédienne amérindienne nommée aux Oscars, et Eva Longoria, très investie pour une meilleure représentation des actrices latino-américaines à Hollywood. À leurs côtés, l’interprète non-binaire Emma Corrin, les réalisatrices Chloé Zhao et Jane Campion, la cinéaste transgenre Lilly Wachowski, ou encore la réalisatrice Janicza Bravo. S’ajoutent la productrice Coco Francini et la chercheuse Stacy Smith, spécialiste reconnue des inégalités à Hollywood. Le tout épaulé par le fonds de Netflix pour l’égalité des chances.
Le principe est simple et c’est ce qui le rend efficace. Les cinéastes dont les projets sont retenus se voient attribuer une bourse de 50 000 dollars pour développer leur film. Pas une somme mirobolante à l’échelle de l’industrie, mais souvent décisive à ce stade précis, celui où une idée doit devenir un dossier solide, où l’on écrit, où l’on prépare, où l’on convainc. C’est précisément là que les créateurs sous-représentés calent, faute de réseau et de moyens.
Ce qui rend l’initiative pertinente, c’est qu’elle ne se contente pas de déplorer le problème. On connaît la litanie des statistiques sur le manque de réalisatrices, sur l’invisibilité des personnes trans à l’écran, sur le plafond de verre hollywoodien. Proof of Concept s’attaque au goulot d’étranglement concret : l’argent et le mentorat au moment du développement. Avec, en prime, un comité composé de figures qui savent exactement ce que signifie devoir se battre pour exister dans ce milieu.
Cate Blanchett, glaçante en cheffe d’orchestre, dans un film à voir.
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On pourra toujours objecter qu’une bourse et un parrainage prestigieux ne suffiront pas à transformer une industrie entière. C’est vrai. Mais l’argument de l’insuffisance sert trop souvent à ne rien faire du tout. Ici, des moyens réels sont mis sur la table, par des gens qui pèsent, pour des projets qui n’auraient sans doute jamais vu le jour autrement. C’est déjà beaucoup.
Et puis il y a quelque chose de réjouissant à voir une star de ce calibre utiliser son capital, son nom et son carnet d’adresses pour ouvrir la porte à d’autres, plutôt que pour soigner sa propre image. L’engagement, le vrai, se mesure souvent à ce qu’on est prêt à partager de son pouvoir.
Reste maintenant à découvrir les films qui sortiront de cette pépinière. C’est à ce moment-là, et seulement là, qu’on jugera vraiment sur pièce. En attendant, l’intention, elle, est on ne peut plus claire.
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