
On connaissait le combat de David contre Goliath. Frédéric Tellier en propose une version contemporaine, où le géant n’est pas un guerrier mais une industrie tentaculaire, et où la fronde tient dans des dossiers d’avocat. Son film, sobrement intitulé Goliath, s’attaque à un sujet brûlant : les pesticides et ceux qui en tombent malades.
Le réalisateur s’inspire ouvertement de l’affaire du glyphosate et des fameux Monsanto Papers, ces documents qui ont révélé les stratégies d’un géant de l’agrochimie pour défendre son produit phare. De quoi nourrir un récit qui tient autant du film militant que du thriller juridique.
Trois personnages s’y croisent. Patrick, avocat spécialisé dans le droit de l’environnement, veut prouver qu’un agriculteur est mort à cause d’un pesticide. Mathias, lobbyiste sans scrupule, défend l’industrie avec un cynisme glaçant. Et France, professeure de sport devenue militante après la maladie de son mari, incarne les victimes anonymes.
Le casting fait beaucoup pour l’intérêt du film. Gilles Lellouche en avocat habité, Pierre Niney en lobbyiste froid et manipulateur, Emmanuelle Bercot en citoyenne révoltée : le trio fonctionne, et l’affrontement entre Lellouche et Niney constitue le véritable moteur du récit. Deux visions du monde qui se toisent.
Pierre Niney, à contre-emploi, compose un personnage particulièrement réussi. Loin de ses rôles de jeune premier, il incarne un homme lisse, persuadé de bien faire, dont la dangerosité tient justement à cette tranquille assurance. C’est sans doute la plus belle idée du film.
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Tellier sait filmer le choc. Les images marquantes ne manquent pas, et le propos frappe juste : on sort de la salle avec la sensation d’avoir reçu un véritable réquisitoire contre les pesticides. L’intention est claire, assumée, et difficile à contester sur le fond.
Reste que cette force est aussi la limite du film. À trop vouloir convaincre, Tellier en fait parfois beaucoup. Les couchers de soleil, les contre-jours romantiques et les envolées musicales s’accumulent, comme si le réalisateur craignait que le spectateur ne ressente pas assez fort ce qu’il doit ressentir.
Le pathos guette, et c’est dommage, car le sujet se suffisait à lui-même. Les faits, déjà, sont accablants. Pas besoin d’en rajouter pour que la colère monte. Le film aurait gagné en puissance ce qu’il aurait perdu en effets.
Goliath n’en demeure pas moins un objet rare dans le cinéma français : un film populaire qui prend frontalement un sujet de société, sans se cacher derrière la fiction. On peut lui reprocher sa lourdeur, certainement pas son courage.
À voir, donc, pour le duel d’acteurs et pour la gifle politique. Et à discuter ensuite, longuement, parce qu’un film qui donne envie de débattre en sortant de la salle a déjà à moitié gagné son pari.
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