Culture

Tanc, le geste du graffiti devenu peinture pure

posted by Vincent 5 février 2023
Tanc, le geste du graffiti devenu peinture pure

Il y a des artistes qui passent leur vie à fuir leur point de départ, et d’autres qui finissent par le sublimer. Tancrède Perrot, que tout le monde connaît sous le nom de Tanc, appartient à la seconde catégorie. Né à Paris en 1979, il a commencé bombe à la main à la fin des années 1990, sur les murs de la ville, avant de transformer ce vocabulaire de rue en une œuvre abstraite reconnue dans les galeries du monde entier.

Son premier mur, il l’a peint en 1996, déjà dans un format XXL et déjà tourné vers l’abstraction. Pas de lettrages, pas de personnages, pas de message : juste le geste, la trace, la vitesse. On pense à Futura 2000, pionnier du graffiti abstrait, autant qu’aux grands maîtres de l’expressionnisme américain. Tanc peint souvent sans pinceau, directement au tube ou à l’aérosol, et compose des surfaces denses où la couleur, réduite à quelques contrastes francs entre le bleu, le noir et l’ivoire, devient une pulsation. Une sorte de partition visuelle.

Car la musique n’est jamais loin chez lui. Tanc est aussi compositeur électronique, et ça s’entend, ou plutôt ça se voit. Ses toiles fonctionnent comme des rythmes, des répétitions, des battements. La ligne y avance comme un son qui se propage. Cette double pratique éclaire toute son démarche : la peinture comme tempo, la couleur comme fréquence.

Le titre de son aventure récente le dit bien, il est question de régénération. C’est en Corée que le peintre a retrouvé quelque chose qu’il avait peut-être perdu de vue. Là-bas, loin de l’agitation parisienne et de la pression du marché, il a renoué avec la peinture murale, celle des débuts, et s’est autorisé à laisser entrer la couleur de façon plus généreuse. Le pays lui a offert une forme d’apaisement, un nouveau souffle. Il y a peint en public, exposé, et puisé une énergie qui infuse désormais ses tableaux.

Son parcours raconte d’ailleurs une trajectoire devenue presque classique pour toute une génération d’artistes urbains. Membre du collectif VAO et figure du mouvement Graffuturism, Tanc a quitté les murs interdits pour les cimaises de Paris, Londres, Tokyo, Miami, Berlin ou Shanghai. Le passage de la rue à la galerie n’a rien d’évident, et beaucoup s’y sont perdus, dilués dans un décoratif sans âme. Lui a su garder l’essentiel : l’urgence du geste, cette sensation que la toile a été attaquée d’un seul élan plutôt que patiemment construite.

Reste une question qui traverse tout l’art urbain devenu marchand. Une peinture née de la transgression peut-elle survivre une fois accrochée au mur d’un collectionneur ? Chez Tanc, la réponse tient dans la matière elle-même, dans cette vibration qui refuse de s’assagir. La Corée n’a pas calmé son geste, elle l’a rechargé. Et vous, que voyez-vous dans ces grandes surfaces colorées, un souvenir de la rue ou déjà tout autre chose ?

Crédit photo : DR

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Pour situer le geste de Tanc dans l’art urbain français, ce beau livre fait le tour des figures majeures.

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