Culture

Annick Blanc lâche une inconnue chez cinq chasseurs ivres, et son premier film vous prend à la gorge

posted by Vincent 8 août 2026
Affiche officielle du film Jour de chasse d'Annick Blanc : un groupe d'hommes et une femme dans une mare en forêt, un chalet isolé en arrière-plan

Il y a des huis clos qui se contentent de fermer une porte. Celui-là verrouille la forêt entière.

Jour de chasse débarque dans nos salles ce mois d’août, et c’est le tout premier long métrage d’Annick Blanc, une réalisatrice québécoise qui a mis presque quinze ans à monter ce projet. Le pitch tient en une image. Une jeune femme, Nina, échoue en pleine nuit dans un chalet isolé où cinq hommes fêtent un enterrement de vie de garçon, l’alcool et les fusils à portée de main. Ils votent pour savoir s’ils la gardent. Elle reste.

À partir de là, tout se joue sur une tension qui monte sans qu’on sache jamais d’où viendra la casse. Nina, portée par Nahéma Ricci, se glisse dans cette petite meute au lieu de la fuir. Elle en aime la chaleur, les rires gras, le sentiment d’appartenir enfin à un groupe. Et c’est là que Blanc est maligne, pardon, futée : elle refuse le film de traque attendu, celui où la proie court dans les bois pendant une heure et demie. Ici la proie s’installe, boit, danse, et brouille les rôles.

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Ce huis clos en pleine nature rappelle le maître étalon du genre, l’inoubliable Délivrance de John Boorman, à (re)voir en Blu-ray.

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Le résultat dure à peine 1h20, ce qui est un vrai choix. Pas de gras, pas de sous-intrigue de remplissage. La caméra reste collée aux visages, la lumière du chalet vire au rouge, et l’arrivée d’un inconnu à mi-parcours fait basculer l’équilibre déjà bancal du groupe.

Alors soyons juste, ce n’est pas parfait. La seconde moitié serre un peu trop fort la vis et la mécanique finit par grincer, comme si le film avait peur qu’on décroche. Plusieurs critiques ont trouvé le propos sur la masculinité un brin appuyé, et la note du public reste tiède. Je comprends. Mais je préfère mille fois un premier film qui ose une idée dérangeante et se plante un peu qu’un thriller propre et oubliable.

Ce qui reste, c’est une ambiance. Cette façon de filmer un groupe d’hommes comme une bête à plusieurs têtes, tantôt drôle, tantôt franchement inquiétante, et une actrice qui tient tout le film sur ses épaules. Pour qui aime les huis clos glauques et bien tenus, du genre survie qui vire au malaise, ça vaut clairement le détour. Les âmes sensibles, elles, resteront devant la cheminée.

Crédit photo : Maison 4:3

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