
Il vous reste douze jours. L’exposition consacrée à Henri Rousseau au musée de l’Orangerie ferme le 20 juillet, et si vous avez gardé du peintre l’image d’un brave type qui barbouillait des lions dans des jungles en carton, c’est justement pour ça qu’il faut y aller.
Le surnom a fait des dégâts. Rousseau n’a jamais été douanier, il était commis à l’octroi de Paris, un fonctionnaire chargé de taxer les marchandises qui entraient dans la ville. Ça ne fabrique pas la même légende.
Le reste du mythe tient tout aussi mal. Le doux naïf, le peintre du dimanche moqué par ses contemporains, l’innocent qui peignait comme un enfant sans savoir ce qu’il faisait, l’Orangerie le démonte pièce par pièce. Ce qu’elle montre à la place, c’est un stratège. Un obstiné. Un type dévoré d’ambition qui envoyait méthodiquement ses toiles au Salon des Indépendants, décrochait des commandes de l’État, peignait des portraits sur commande et savait très exactement où se plaçait le marché de l’art de son époque.
Une cinquantaine d’œuvres, en coproduction avec la Barnes Foundation de Philadelphie. C’est l’argument massue, puisque les deux plus grandes collections Rousseau au monde se retrouvent enfin réunies. S’y ajoute La Bohémienne endormie, prêtée par le MoMA de New York, ce lion penché sur une dormeuse au clair de lune que vous avez vu mille fois en reproduction et jamais en vrai. Le tableau ne ressemble à rien de ce que vous en attendez. Il est plus grand, plus silencieux, plus inquiétant.
Si vous ne pouvez pas monter a Paris avant le 20 juillet, la monographie Taschen reproduit les grandes toiles en pleine page, jungles comprises.
Rousseau (Taschen), Cornelia Stabenow → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Le musée a aussi fait passer dix-neuf toiles françaises entre les mains du C2RMF, pendant que la Barnes en analysait dix-huit de son côté. Jamais on n’avait autant sondé la matière même de ces tableaux. Et l’on y découvre un peintre qui reprend, corrige, calcule ses couches. Pas franchement le geste d’un candide.
Le plus beau paradoxe, l’exposition ne cherche même pas à le résoudre. Rousseau n’a jamais quitté la France. Ses jungles, il les a fabriquées avec le Jardin des plantes, le Muséum d’histoire naturelle, les expositions universelles et des illustrations de presse. Une forêt vierge en kit, montée depuis le cinquième arrondissement.
Du coup on ressort avec une drôle de sensation. Le naïf n’existait pas, mais le rêve, lui, tient toujours debout.
Jusqu’au 20 juillet, tous les jours sauf le mardi.
Crédit photo : Henri Rousseau, La Bohemienne endormie (1897), MoMA (domaine public)





