
Il y a une scène, dans Le Passage, où Omar Sy regarde une famille syrienne qui n’a plus de quoi payer la traversée. Aucun sourire. Rien du grand type solaire qu’on connaît par coeur. Le film sort aujourd’hui en salles, il dure une heure trente-sept, et il ne vous laisse pas beaucoup d’air.
C’est le premier long métrage de Brandt Andersen, qui l’a écrit et réalisé. Il l’a tourné sous le titre I Was a Stranger, après l’avoir un temps appelé The Strangers’ Case, puis l’a présenté à Berlin, où il a décroché le prix Amnesty International, avant le Prix du public à Deauville. Deux ans à trouver le chemin des salles françaises, distribué chez Nour Films. Ça en dit probablement plus sur la frilosité du circuit que sur le film lui-même.
Tout part d’Alep. Amira, chirurgienne incarnée par Yasmine Al Massri, recoud des blessés dans un hôpital qui tient encore debout on ne sait par quel miracle. Puis quatre autres vies s’accrochent à la sienne : un soldat de l’armée d’Assad qui déserte, joué par Yahya Mahayni, un poète, le passeur d’Omar Sy qui s’appelle Marwan, et Stavros, capitaine des garde-côtes grecs, à qui Constantine Markoulakis donne une fatigue infinie. Ces cinq-là ne se rencontrent quasiment jamais. Leurs trajectoires, elles, se percutent.
Le film choral, on sait comment ça finit d’habitude. Cinq vignettes bien rangées, une morale, générique. Andersen fait autre chose. Il filme au plus près, parfois à la lisière du documentaire, et il refuse de distribuer les bons points. Le passeur est une brute devant des familles à genoux, et c’est aussi un père. Le garde-côte applique un règlement qui le dégoûte. Le déserteur a servi le mauvais camp avant de s’enfuir. Personne n’est racheté, personne n’est condamné, et c’est là que le film devient vraiment intéressant.
Si le film vous marque, le roman de Laurent Gaude suit la meme ligne de faille, entre un garde-cote qui doute et ceux qui tentent la traversee.
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Omar Sy, du coup, est là où on ne l’attendait pas, et il y est très bien. Sec, froid, mauvais quand il faut l’être. Markoulakis, qu’on ne connaît pas beaucoup chez nous, tient peut-être la plus belle partition de tout le film.
Est-ce qu’on ressort de là ragaillardi ? Absolument pas. Le Passage veut que vous éprouviez la traversée plutôt qu’on vous la raconte, et il y parvient, quitte à vous serrer la gorge pendant une bonne partie de ses quatre-vingt-dix-sept minutes. Ce n’est pas une tribune pour autant. Le film ne vous explique jamais quoi penser de la Méditerranée, il se contente de vous y mettre.
Si vous cherchez la comédie de l’été, passez votre chemin. Si vous voulez celui qui vous restera en travers jusqu’en septembre, c’est celui-là.
Crédit photo : Nour Films





