
Une fois par an, Paris ne dort pas et s’offre en galerie à ciel ouvert. Pour sa vingt-quatrième édition, la Nuit blanche a choisi un thème qui parle à tout le monde : le cinéma et sa poésie.
C’est la cinéaste Valérie Donzelli qui tenait la barre, avec une carte blanche assumée. Le septième art irrigue toute la programmation, des projections aux installations, en passant par des performances gratuites disséminées dans la ville. Plus d’une centaine de projets artistiques, dont une poignée signés directement par la réalisatrice.
L’idée est belle. Le cinéma, c’est d’abord une histoire de lumière dans le noir, et la nuit parisienne devient l’écran parfait pour le célébrer. On déambule, on tombe sur une projection improvisée au coin d’une rue, on s’arrête devant une œuvre qui joue avec le faisceau d’un projecteur. La frontière entre spectateur et passant s’efface.
Parmi les rendez-vous marquants, un film d’animation conçu spécialement pour l’occasion par Michel Gondry. L’artiste, fidèle à son univers bricolé et poétique, l’a réalisé en papier découpé. On y suit une femme mécanique chargée d’organiser la prochaine Nuit blanche, mise en abyme qui ne manque pas de malice.
Gondry à Paris, en papier découpé, sur le thème du cinéma : difficile de rêver plus cohérent. C’est exactement ce genre de proposition qui fait le sel de l’événement, à mi-chemin entre le grand public et l’expérimentation douce.
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Ce qui rend la Nuit blanche attachante, c’est sa gratuité totale et son refus de l’élitisme. Pas besoin de billet, pas besoin de connaître les codes de l’art contemporain. On vient comme on est, on regarde, on passe à autre chose si ça n’accroche pas. La ville devient un terrain de jeu sans mode d’emploi.
Bien sûr, tout n’est pas réussi dans une programmation aussi foisonnante. Certaines installations laissent perplexe, d’autres souffrent de la foule ou des files d’attente interminables. C’est la rançon du succès, et le risque assumé d’un événement qui ratisse large.
Mais l’essentiel est ailleurs. Le plaisir de redécouvrir sa ville sous un autre jour, de marcher des heures sans but précis, de partager un moment collectif avec des inconnus venus eux aussi tuer la nuit autrement. Cette parenthèse-là vaut bien quelques œuvres ratées.
Le choix du cinéma comme fil rouge tombait juste. À l’heure où l’on consomme les films seul sur un écran de téléphone, rappeler que c’est d’abord une expérience collective et lumineuse avait du sens. La Nuit blanche l’a fait avec générosité.
On en ressort fatigué, les pieds en compote, mais avec cette sensation rare d’avoir vécu une ville vivante. Et l’envie, déjà, de remettre ça l’an prochain.
Crédit photo : DR




