
La série qui a scotché des millions de personnes se retrouve devant un tribunal. Fiona Harvey, avocate écossaise présentée comme la véritable « Martha » de Mon Petit Renne, a déposé plainte contre Netflix. Et ses accusations sont loin d’être anodines.
Petit rappel pour celles et ceux qui auraient échappé au phénomène. Mon Petit Renne, c’est l’adaptation par Richard Gadd de sa propre histoire : un humoriste harcelé pendant des années par une femme rencontrée dans un pub. La série, présentée comme inspirée de faits réels, a cartonné, dépassant les cinquante millions de vues dans le monde. Le problème, c’est ce que ce succès a déclenché ensuite.
Très vite, des internautes se sont improvisés détectives pour retrouver la « vraie » Martha. Ils ont fini par désigner Fiona Harvey. Et c’est là que tout dérape. Visée par une avalanche de menaces et de harcèlement en ligne, elle a décidé de riposter en justice.
Dans une plainte de trente-quatre pages déposée devant un tribunal fédéral de Los Angeles, elle accuse Netflix de diffamation, de négligence, d’atteinte intentionnelle à sa détresse émotionnelle et de violation de son droit à l’image. Le cœur de son argument : la série l’aurait dépeinte comme une harceleuse condamnée à deux reprises et comme l’autrice d’une agression sexuelle sur Richard Gadd. Des faits qu’elle conteste fermement.
Une phrase de sa plainte résume tout : ces mensonges, dit-elle en substance, ont été racontés parce qu’ils faisaient une meilleure histoire que la vérité, et que les meilleures histoires rapportent de l’argent. C’est cinglant, et ça touche un point sensible.
La pièce dont Richard Gadd a tiré la série, pour remonter à la source.
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Car au fond, c’est tout le label « inspiré d’une histoire vraie » qui se retrouve sur le banc des accusés. Où s’arrête l’adaptation, où commence la déformation ? Quand une œuvre s’inspire d’une personne identifiable, jusqu’où peut-elle aller sans son accord ? Netflix, de son côté, défend son droit à raconter cette histoire. La justice tranchera.
Ce qui rend l’affaire passionnante, c’est qu’elle ne se joue pas seulement au tribunal. Le vrai dérapage, c’est l’enquête sauvage menée par le public, cette manie de vouloir mettre un visage réel derrière chaque personnage de fiction. La série interrogeait justement le harcèlement et l’obsession. Voir ses propres spectateurs reproduire le schéma sur une inconnue a quelque chose de vertigineux.
On peut adorer Mon Petit Renne pour son audace et sa noirceur, tout en reconnaissant que cette histoire pose un vrai cas de conscience. Raconter sa vérité, c’est légitime. Mais quand cette vérité éclabousse quelqu’un d’autre, la frontière devient floue.
Reste une œuvre forte, qui aura au moins eu le mérite de relancer le débat sur ce qu’on s’autorise au nom du « vrai ». À méditer la prochaine fois qu’un générique affiche fièrement « histoire vraie ».
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