Culture

Deux gamines de Téhéran se jurent de devenir des lionnes, et vous ne les lâchez plus pendant 400 pages

posted by Vincent 9 juillet 2026
Couverture du roman Les Lionnes persanes de Marjan Kamali, éditions Hauteville

Les Lionnes persanes vient de ressortir en poche, à 8,95 euros, et c’est typiquement le roman qu’on glisse dans un sac de plage en se promettant deux chapitres avant de dormir. On le referme à trois heures du matin, un peu sonné.

Marjan Kamali nous plante à Téhéran, en 1950. Ellie a sept ans, elle perd son père, et avec lui l’appartement bourgeois, les certitudes, l’enfance dorée. Sa mère et elle atterrissent dans un quartier modeste où tout est plus rude, plus bruyant, plus vivant aussi.

C’est là qu’elle rencontre Homa. Une gamine indomptable, curieuse de politique bien avant l’âge, qui lui fait jurer de devenir toutes les deux des shir zan, des femmes lions. Des femmes qui n’attendent pas qu’on leur donne la permission.

Puis Ellie remonte l’échelle sociale, les chemins se séparent, et le roman file jusqu’aux années 1980 avec un épilogue en 2022. L’Iran de l’après-Mossadegh sert de décor et d’engrenage : les deux amies s’y retrouvent, s’y engagent, et l’une finit par trahir l’autre. Kamali prend son temps pour amener ce basculement, ce qui le rend franchement plus douloureux qu’un coup de théâtre bien tourné.

L’autrice sait de quoi elle parle. Née en Turquie de parents iraniens, elle a grandi entre le Kenya, l’Allemagne, la Turquie, l’Iran et les États-Unis, et elle avait déjà bien réussi son coup avec La librairie de Téhéran. Ici, elle écrit une amitié féminine sur soixante-dix ans sans jamais la rendre confortable. Les personnages sont ambigus, capables de lâcheté ordinaire, et c’est exactement ce qui les rend crédibles.

Les Lionnes persanes, Marjan Kamali

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On a beaucoup comparé le livre à L’Amie prodigieuse et aux Cerfs-volants de Kaboul, et le rapprochement n’est pas volé, même s’il pèse un peu lourd sur les épaules du roman. La presse américaine l’a porté jusqu’aux listes de best-sellers du New York Times.

Une réserve quand même. Kamali écrit d’abord pour un lectorat qui ne connaît pas grand-chose à l’Iran, et ça se sent : certaines pages expliquent le contexte politique avec la patience d’un professeur d’histoire. Si vous avez déjà lu sur le sujet, vous survolerez.

Mais bon, on lui pardonne vite. Parce que la dernière partie, celle où l’épilogue de 2022 vient cogner contre le mouvement Femme, Vie, Liberté, remet les soixante-dix années précédentes dans une lumière assez terrible.

Un très bon roman d’été, donc, qui ne vous laisse pas exactement reposé.

Crédit photo : Éditions Hauteville

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