Culture

Thomas Jolly quitte le Quai d’Angers, et ce départ en dit long sur ses ambitions

posted by Vincent 11 novembre 2022
Thomas Jolly quitte le Quai d'Angers, et ce départ en dit long sur ses ambitions

On ne dirige pas une maison de théâtre comme on monte un spectacle ponctuel. C’est sans doute ce calcul qui a poussé Thomas Jolly à tirer sa révérence. Le metteur en scène a annoncé sa démission de la direction du Quai, le Centre dramatique national d’Angers, qu’il pilotait depuis janvier 2020. Un poste qu’il occupait avec un mandat censé courir jusqu’en 2023, et qu’il choisit d’écourter au profit de chantiers autrement plus exposés.

Le timing n’a rien d’anodin. À l’époque de cette décision, Jolly venait d’enchaîner deux engagements qui changent d’échelle. D’un côté, la mise en scène de la nouvelle production de Starmania, l’opéra rock culte de Michel Berger et Luc Plamondon, présentée à La Seine Musicale de Boulogne-Billancourt avant une longue tournée. De l’autre, et surtout, sa nomination à la direction artistique des cérémonies des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Quatre cérémonies à imaginer, à orchestrer, à porter devant un public mondial. On comprend que diriger en parallèle un théâtre public relevait de la mission impossible.

Jolly l’a d’ailleurs reconnu sans détour. Même si une forme de continuité restait techniquement envisageable, en accord avec la Ville et l’État, il a jugé que la situation serait trop déstabilisante pour la structure elle-même. Plutôt que de maintenir une présence fantôme à la tête d’une institution qui a besoin d’un capitaine à temps plein, il a préféré rendre les clés. La démission a pris effet à la fin de l’année. Une décision qui, sur le papier, traduit un certain respect pour la maison angevine et pour les équipes qui la font vivre au quotidien.

Il faut dire que le parcours de Thomas Jolly s’est construit sur la démesure assumée. On se souvient de son Henry VI marathon, une intégrale shakespearienne de dix-huit heures qui avait marqué le festival d’Avignon et installé sa réputation de metteur en scène capable de tenir une fresque sur la durée. De là à orchestrer une cérémonie d’ouverture sur la Seine, il y avait un saut que peu auraient osé. Lui l’a fait, avec le succès et les polémiques que l’on connaît désormais.

Ce départ du Quai illustre une tension récurrente dans le théâtre public français. Les institutions cherchent des noms qui font rayonner, mais ces mêmes noms finissent souvent attirés par des projets nationaux ou internationaux qui dépassent le cadre d’un centre dramatique régional. Angers perd un directeur charismatique, mais récupère aussi sa liberté de réinventer un projet artistique sans devoir composer avec un agenda déjà saturé.

Reste à savoir ce que cette page tournée raconte de la suite. Pour Thomas Jolly, la voie était tracée vers une consécration populaire que peu d’hommes de théâtre connaissent. Pour le Quai, c’est l’occasion d’un nouveau départ. Deux trajectoires qui se séparent, sans fracas, au nom d’une lucidité que l’on aimerait voir plus souvent dans les coulisses de la culture.

Crédit photo : DR

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