
Regarder la liste des lauréats de l’Oscar du meilleur acteur depuis 2000 revient à feuilleter un album de famille du cinéma américain, avec ses figures imposées et ses surprises. Vingt-cinq ans de statuettes, vingt-cinq portraits d’hommes que l’Académie a choisi de sacrer, et derrière ces noms se dessine une certaine idée de ce qui mérite d’être récompensé à Hollywood.
Le palmarès s’ouvre sur Russell Crowe, couronné pour Gladiator, et Denzel Washington, dont la performance en flic corrompu de Training Day lui a valu une consécration attendue. Puis vient Adrien Brody, plus jeune lauréat de l’histoire de la catégorie, bouleversant dans Le Pianiste de Roman Polanski. Sean Penn s’impose à deux reprises, pour Mystic River puis pour Harvey Milk, confirmant qu’il fait partie de ces acteurs que l’Académie aime distinguer.
Les années suivantes alignent une galerie de rôles marquants. Jamie Foxx ressuscite Ray Charles, Philip Seymour Hoffman se glisse dans la peau de Truman Capote, Forest Whitaker incarne le dictateur Idi Amin Dada. Daniel Day-Lewis, lui, joue dans une catégorie à part. Déjà recordman absolu de la discipline avec ses trois statuettes, il décroche pendant cette période ses sacres pour There Will Be Blood puis pour son Abraham Lincoln d’une rigueur clinique. Personne, à ce jour, ne l’a égalé.
La fin de la décennie 2000 et les années 2010 réservent leur lot de moments. Colin Firth bafouille royalement dans Le Discours d’un roi, et la France savoure le triomphe de Jean Dujardin pour The Artist, ce film muet en noir et blanc qui rafla la mise contre toute attente. Matthew McConaughey transformé pour Dallas Buyers Club, Eddie Redmayne en Stephen Hawking, puis enfin Leonardo DiCaprio, récompensé pour The Revenant après des années de nominations frustrantes. Sa victoire avait pris des allures de soulagement collectif.
Plus près de nous, le palmarès enchaîne Casey Affleck, Gary Oldman méconnaissable en Churchill, Rami Malek en Freddie Mercury et Joaquin Phoenix pour son Joker dérangeant. Anthony Hopkins crée la surprise en l’emportant pour The Father à plus de quatre-vingts ans, devenant le plus âgé des lauréats. Will Smith décroche enfin la sienne pour King Richard, dans une soirée que l’on retiendra hélas surtout pour la gifle infligée à Chris Rock. Brendan Fraser signe un retour bouleversant avec The Whale, et Cillian Murphy clôt le tableau en physicien tourmenté dans l’Oppenheimer de Christopher Nolan.
Que retenir de cette traversée ? Que l’Académie raffole des transformations physiques spectaculaires, des biopics et des personnages réels. Que les seconds rôles patiemment construits finissent souvent par payer. Et que derrière la mécanique des récompenses, chacun de ces hommes a offert au moins une scène que l’on n’oublie pas. C’est peut-être cela, finalement, la vraie définition d’un Oscar : un moment de cinéma qui survit à la cérémonie qui l’a célébré.
Crédit photo : DR
Pour replonger dans un quart de siècle de cinéma, ce panorama illustré fait référence.
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