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Salaires : pourquoi l’écart entre femmes et hommes refuse obstinément de se combler

posted by Vincent 6 novembre 2022
Salaires : pourquoi l'écart entre femmes et hommes refuse obstinément de se combler

Il y a des chiffres qui agacent par leur constance. Année après année, les statistiques sur les rémunérations en France racontent la même histoire : à travail comparable, les femmes gagnent moins que les hommes. Le débat se cristallise souvent autour d’un pourcentage, mais l’écart change radicalement de visage selon ce que l’on mesure exactement. Et c’est précisément là que tout se joue.

Commençons par le chiffre le plus brutal. Tous temps de travail confondus, le revenu salarial moyen des femmes dans le secteur privé reste inférieur de plus de vingt pour cent à celui des hommes. Un gouffre. Mais ce chiffre mélange plusieurs réalités. Les femmes occupent davantage de postes à temps partiel, souvent subi plutôt que choisi, et travaillent en moyenne moins d’heures sur l’année. Une fois ce facteur de volume neutralisé, l’écart se réduit. À temps de travail identique, il tourne autour de quatorze pour cent selon l’Insee.

Poussons l’exercice plus loin. Si l’on compare des femmes et des hommes occupant le même poste, dans le même établissement, avec le même profil, l’écart se rétracte encore, jusqu’à quelques pour cent. Certains y verront la preuve que la discrimination pure et dure est marginale. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Car ces écarts résiduels, aussi réduits soient-ils, persistent malgré toutes les corrections statistiques. Et surtout, le fait de devoir « neutraliser » le temps partiel ou la ségrégation des métiers ne fait pas disparaître ces inégalités. Il les déplace.

Le vrai sujet est là. Si les femmes sont surreprésentées dans les emplois moins payés, dans les temps partiels, dans les secteurs dévalorisés, ce n’est pas un hasard météorologique. C’est le produit d’une organisation sociale où la charge familiale repose encore largement sur elles, où les carrières se brisent à la naissance des enfants, où certains métiers restent étiquetés masculins ou féminins. Réduire l’écart au seul « même poste, même salaire » revient à regarder le problème par le petit bout de la lorgnette.

Les données montrent d’ailleurs que l’écart se creuse avec l’âge. Chez les plus jeunes, il reste contenu. Mais il grimpe nettement chez les salariés les plus âgés, atteignant des proportions qui frôlent le quart du salaire. Traduction : au fil d’une carrière, les chemins divergent. Les promotions, les augmentations, les responsabilités ne se distribuent pas de la même façon. L’écart de départ, minime, se transforme en fossé à l’arrivée.

Faut-il s’en accommoder en se rassurant avec le chiffre le plus flatteur ? Non. Les lois sur la transparence salariale existent, les obligations de publication d’indicateurs aussi, mais les progrès restent lents, presque imperceptibles d’une année sur l’autre. Tant que l’on continuera de débattre du « bon » pourcentage plutôt que des mécanismes qui le produisent, l’aiguille bougera à la marge. Et la prochaine étude dira, sans surprise, à peu près la même chose que la précédente.

Crédit photo : DR

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