Idées

Radio France : trois projets, une présidence et beaucoup de questions

posted by Vincent 26 octobre 2022
Radio France : trois projets, une présidence et beaucoup de questions

Diriger Radio France, c’est tenir entre ses mains France Inter, France Culture, France Info, France Musique, Fip et le Mouv’. Autrement dit une bonne partie de ce que des millions de Français écoutent en se réveillant, en conduisant ou en cuisinant. Alors quand le poste se libère, l’enjeu dépasse largement la simple nomination administrative.

Trois candidatures ont été retenues pour cette présidence. La sortante, Sibyle Veil, déjà aux commandes de la maison ronde, briguait un nouveau mandat. Face à elle, deux profils issus eux aussi de la haute administration de la culture et de l’audiovisuel public, venus défendre leur propre lecture de l’avenir du groupe.

Chacun a déposé un projet stratégique, et c’est là que ça devient intéressant. Car derrière les mots policés des notes d’intention, on devine des visions assez différentes de ce que doit être la radio publique dans les années qui viennent.

Le premier sujet qui revient partout, c’est le numérique. Le podcast a explosé, les jeunes écoutent autrement, sur leur téléphone, à la demande, sans grille horaire. Comment garder cette génération sans abandonner l’auditeur fidèle de la bande FM ? Tous les candidats promettent de réconcilier les deux. Personne n’explique vraiment comment, à budget contraint.

Car l’argent reste le nerf de la guerre. La suppression de la redevance audiovisuelle a laissé planer un doute sur le financement durable du service public. Garantir l’indépendance d’une radio quand son budget dépend chaque année du bon vouloir de l’État, c’est un exercice d’équilibriste que chaque projet aborde avec prudence.

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Vient ensuite la question de l’information. Dans un paysage saturé de chaînes d’opinion et de réseaux sociaux, France Info et les rédactions du groupe revendiquent un rôle de repère, de vérification, de calme. Les trois candidats insistent sur ce point, conscients que la confiance est devenue un capital fragile.

Il y a aussi tout ce qui ne se voit pas à l’antenne. Le climat social interne, les négociations parfois tendues avec les salariés, la question de la place des musiciens et des formations de Radio France, l’Orchestre national, le Chœur. Une maison de cette taille se dirige autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Au final, le choix a été tranché par un vote, et Sibyle Veil a conservé son fauteuil pour un nouveau mandat. Mais lire ces trois projets côte à côte reste un exercice instructif. On y voit, mieux que dans n’importe quel discours, ce que l’audiovisuel public attend de lui-même.

Et c’est peut-être ça le plus précieux dans ce genre de compétition. Au-delà du nom du gagnant, elle oblige une institution à dire tout haut ce qu’elle veut devenir.

Crédit photo : DR

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