
On n’a plus de capitaine. La phrase, lâchée en interne, résume l’ambiance à France Culture, où une réorganisation du service des fictions inquiète sérieusement les équipes. Derrière le jargon administratif, c’est tout un savoir-faire qui se sent menacé.
Petit rappel pour qui n’écoute pas la radio le soir : la fiction sonore, ce n’est pas un genre poussiéreux. C’est l’art du feuilleton, de l’adaptation littéraire, de la création originale racontée par la seule magie des voix, des bruitages et de la musique. France Culture en est l’un des derniers grands producteurs en France.
Le problème, c’est la nouvelle organisation. Selon les représentants du personnel, elle entraîne une surcharge de travail, une répartition des tâches devenue confuse, et des process de fabrication brouillés. En clair : on demande la même chose, voire plus, avec moins de repères et moins de bras.
D’où l’alerte officielle déposée par les instances du personnel. Quand un comité social en arrive là, c’est rarement pour un détail de calendrier. Le signal est net : les conditions de fabrication se dégradent, et la qualité finira par suivre.
L’inquiétude a vite débordé les murs de la maison ronde. Des milliers d’auditeurs et de professionnels ont signé une pétition pour défendre la fiction radiophonique. Syndicats et organisations du secteur sont montés au créneau, réclamant le maintien des heures de production et des moyens alloués.
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Car c’est bien de moyens qu’il s’agit. Une fiction radio, ça coûte : des comédiens, des réalisateurs, des techniciens, du temps de studio. C’est précisément le genre de poste qu’on rogne en premier quand les budgets se serrent, sous couvert de modernisation et de simplification.
La direction, elle, parle d’adaptation et de rationalisation. Le mot fait toujours peur, parce qu’on sait ce qu’il cache souvent : faire pareil avec moins, jusqu’au jour où on ne fait plus pareil du tout.
Au fond, l’affaire dépasse le cas d’un service. Elle pose la question de ce qu’on attend du service public de la radio. Soit on considère la fiction comme un luxe, une variable d’ajustement. Soit on y voit une mission culturelle à part entière, un patrimoine vivant qu’aucune plateforme privée n’ira jamais financer à sa place.
Le débat n’est pas tranché, et l’issue dira beaucoup de l’époque. En attendant, ce sont les équipes qui tiennent la barre, sans capitaine, comme elles disent.
Tendre l’oreille à ces fictions, tant qu’elles existent, c’est déjà une façon de les défendre.
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