
Une guitare, des pipes en bois, des lettres, des partitions, un carnet où Georges Brassens couchait ses chansons. Des objets banals, presque modestes, à l’image de l’homme. Sauf que ces reliques-là valent une fortune, et surtout elles racontent l’une des plus belles plumes de la chanson française.
Le problème, c’est qu’elles se retrouvent prises au piège d’un conflit d’héritage interminable. Plusieurs centaines de biens ayant appartenu à l’entourage du chanteur ont longtemps dormi sous séquestre, objet d’une bataille familiale qui semble ne jamais devoir s’éteindre.
Une vente aux enchères avait même été programmée à l’hôtel Drouot, avec plus de quatre cents lots à disposer sous le marteau. L’estimation tournait autour de plusieurs centaines de milliers d’euros. De quoi attirer collectionneurs et institutions.
Et là, surprise plutôt réjouissante : la Bibliothèque nationale de France, le Mucem de Marseille et la ville de Sète, sa cité natale, avaient fait savoir leur intérêt. L’idée n’était pas de spéculer mais de préserver, de garder ces traces pour le public plutôt que de les voir disparaître dans une collection privée.
Sauf que la vente n’a finalement pas eu lieu. Une partie de la famille a obtenu en justice l’interdiction de disperser ces objets, contestant à qui ils appartenaient réellement. Retour à la case départ, et les caisses sont restées fermées.
Voilà comment se pose une vraie question de patrimoine. Faut-il considérer les affaires personnelles d’un artiste comme un bien collectif, qui appartiendrait un peu à tout le monde, ou comme une propriété privée dont les ayants droit font ce qu’ils veulent ?
Pour un Brassens, l’argument du patrimoine commun a du poids. L’homme appartient à la mémoire nationale, ses chansons s’apprennent encore à l’école, on les fredonne sans même savoir qu’on les tient de lui. Son carnet de paroles, c’est un peu le brouillon de notre culture populaire.
Mais l’autre camp n’a pas tort non plus. Un héritage reste un héritage, et l’État ne peut pas mettre la main sur tout ce qui a touché de près une célébrité. La frontière entre intérêt général et confiscation est plus fine qu’on ne le croit.
Reste l’essentiel, qui dépasse les avocats et les commissaires-priseurs. Ces objets risquent de finir leur vie dans des cartons, à l’abri des regards, pendant que les juristes s’écharpent. Le pire scénario pour une œuvre, c’est l’oubli dans un coffre.
On aimerait juste que la guitare de Brassens finisse derrière une vitrine, à Sète de préférence, là où il voulait être enterré sur la plage. Le reste n’est qu’une affaire de paperasse, et la paperasse, justement, il s’en moquait pas mal.
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