Idées

« Miss IA » : le premier concours de beauté virtuel, et tout ce qui cloche

posted by Vincent 12 mai 2024
« Miss IA » : le premier concours de beauté virtuel, et tout ce qui cloche

On pensait avoir tout vu en matière de concours de beauté. C’était sans compter sur l’imagination du secteur, qui a lancé une compétition d’un nouveau genre : Miss IA, censée élire « la plus belle femme virtuelle ». Comprenez : des mannequins entièrement générées par intelligence artificielle, mises en concurrence comme des candidates en chair et en os. Et le résultat n’est pas franchement reluisant.

Premier malaise : ces créatures se ressemblent toutes. Peau claire, silhouette filiforme, cheveux lisses, jambes interminables. Un idéal de beauté occidental dupliqué à l’infini, sans la moindre diversité. Rien d’étonnant, en réalité. Comme l’explique Florence Sèdes, professeure en informatique citée par nos confrères de 20 Minutes, les moteurs d’IA se nourrissent d’images déjà existantes. Ils recopient donc les clichés ambiants sur ce que devrait être une « miss ». On obtient des blondes pulpeuses au corps impossible, parce que c’est ce que les bases de données ont avalé.

Le problème dépasse la simple uniformité esthétique. Cette vision de la beauté est non seulement étriquée, elle est grossophobe et profondément raciste. Elle exclut tout ce qui s’écarte de la norme : les corps ronds, les peaux foncées, les visages atypiques. Au moment même où les concours bien réels commençaient timidement à s’ouvrir, avec par exemple une Miss aux cheveux courts élue récemment, le numérique, lui, recrache les vieux stéréotypes avec une efficacité redoutable.

Et il y a pire que la copie : l’amplification. L’intelligence artificielle érige en idéal des visages d’une symétrie parfaite, littéralement impossibles à atteindre pour un être humain. On a beau savoir que ces images sont fabriquées, le cerveau ne s’en convainc pas vraiment. C’est tout le danger. On finit par se comparer à des modèles qui n’existent pas, et qui ne pourront jamais exister. Une source de complexes potentiellement vertigineuse, surtout pour les plus jeunes.

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Ce qui se joue ici n’est pas anecdotique. L’IA est en train de devenir un miroir déformant à très grande échelle, qui prétend nous montrer le « beau » alors qu’elle ne fait que recycler nos pires automatismes. Les biais sexistes, racistes et validistes des données d’entraînement ne disparaissent pas par magie. Ils ressortent, lissés, esthétisés, présentés comme un summum désirable.

Faut-il s’indigner devant un concours qui, au fond, n’élit personne de réel ? Oui, justement parce qu’il n’élit personne de réel. Il fabrique une norme, et cette norme va circuler, s’imposer dans nos flux, modeler nos regards. Le virtuel a des effets très concrets.

La parade ne viendra pas d’un boycott du gadget, mais d’une vigilance collective sur ce qu’on laisse l’IA produire et diffuser. Garder en tête que ces visages sont des assemblages statistiques, pas des modèles à suivre. C’est peut-être le réflexe le plus sain à cultiver à l’heure où les images factices nous entourent de plus en plus.

Crédit photo : DR

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