
En 2022, Rory Kennedy signait Downfall, une enquête froide et méthodique sur les deux crashs du 737 MAX qui ont coûté la vie à 346 personnes. Quatre ans plus tard, la réalisatrice revient sur le même terrain avec Freefall: A Reckoning for Boeing, disponible sur Netflix le 19 août. Et le point de départ, cette fois, tient en une phrase qui glace: un des hommes qui avait osé parler est mort.
Cet homme, c’est John Barnett. Ancien responsable qualité chez Boeing, il alertait depuis des années sur les défauts de fabrication qu’on lui demandait, selon lui, de laisser passer. En pleine procédure judiciaire contre son ancien employeur, il a été retrouvé sans vie dans sa voiture. Suicide, a conclu l’enquête officielle. Sa famille, elle, n’y a jamais cru et se bat encore.
Kennedy ne transforme pas pour autant son film en thèse complotiste. Elle fait ce qu’elle sait faire de mieux: donner la parole. D’autres lanceurs d’alerte apparaissent à l’écran, racontent les mêmes pressions, cette culture d’entreprise où le calendrier de livraison passait, disent-ils, avant la sécurité des avions. On en ressort avec une question désagréable en tête: combien étaient-ils à savoir?
Le contexte, forcément, pèse lourd. Depuis Downfall, Boeing a enchaîné les tuiles, dont cette porte-bouchon arrachée en plein vol sur un appareil d’Alaska Airlines début 2024. À chaque incident, le constructeur promet de se remettre d’aplomb. Le documentaire, lui, se demande froidement si quoi que ce soit a vraiment changé.
Pour prolonger l’enquête côté livre, ce récit revient sur la dérive du constructeur, du culte de l’ingénierie à la course au profit.
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Sur la forme, ne cherchez pas le grand spectacle. Kennedy travaille en 93 minutes serrées, sans musique tapageuse ni reconstitution ronflante. Des documents, des visages, des silences. C’est peut-être ce qui rend le tout aussi efficace: on n’a pas l’impression qu’on nous vend une histoire, on a l’impression qu’on nous montre des faits.
Est-ce que ça bouscule le documentaire? Non, et ce n’est pas le but. Freefall est une suite, avec les qualités et les limites de l’exercice. Si vous aviez vu Downfall, vous retrouverez la même rigueur, prolongée par un drame humain qui donne au dossier une gravité nouvelle. Et si vous l’aviez raté, le film se suffit très bien à lui-même.
Un conseil quand même: évitez de le regarder la veille d’un vol. Pour le reste, c’est le genre de documentaire qui reste en tête bien après le générique, et par les temps qui courent, ça ne se refuse pas.
Crédit photo : Netflix





