
Beck n’avait plus rien publié depuis Hyperspace, en 2019. Sept ans, ou presque. Le revoilà depuis le 18 septembre avec Ride Lonesome, douze titres chez Capitol, et une direction qui ne trompe personne dès la première écoute.
Car ce disque n’est pas le Beck bricoleur et farceur d’Odelay ou de Midnite Vultures. C’est l’autre Beck, celui des ballades à fleur de peau, celui de Sea Change en 2002 et de Morning Phase en 2014, cet album feutré qui lui avait valu le Grammy du disque de l’année. Ride Lonesome vient clore cette sorte de trilogie douce-amère, et il le fait sans esbroufe.
L’histoire est presque trop jolie. Au printemps, Beck donne deux concerts au Royal Albert Hall de Londres, entouré de 85 musiciens, avec un répertoire calé en grande partie sur Sea Change et ses arrangements de cordes. L’expérience le renvoie en studio, décidé à retrouver cette matière orchestrale. Il rappelle la même équipe qu’à l’époque: Smokey Hormel, Joey Waronker, Justin Meldal-Johnsen, Roger Joseph Manning Jr., Jason Falkner. Et surtout Nigel Godrich, l’homme du son de Radiohead, qui avait mixé Mutations et Sea Change, revient aux manettes.
Pour comprendre d’ou vient Ride Lonesome, tout etait deja dans Sea Change, le sommet melancolique de Beck en 2002 :
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Le résultat, c’est un album de chambre, feutré, traversé de cordes et de mélancolie. On y parle de solitude, de deuil sentimental, d’un amour qui file entre les doigts, et le morceau s’appelle justement Falling Through My Hands. Le titre-phare, Ride Lonesome, donne le ton d’entrée: on est du côté de l’introspection, pas de la fête.
Alors oui, il faut aimer ce Beck-là. Ceux qui attendent des tubes bizarres et dansants passeront leur chemin, ce n’est pas ce disque. Ride Lonesome demande un peu de patience, une écoute posée, casque sur les oreilles un soir de pluie. Mais quand on accepte d’y entrer, c’est franchement magnifique. La presse anglo-saxonne parle d’un disque « drop-dead gorgeous », et pour une fois la formule n’est pas volée.
Mon conseil? Si Sea Change vous a marqué à l’époque, foncez, vous êtes en terrain connu et l’émotion est intacte. Si vous ne connaissez Beck que par Loser, voilà peut-être l’occasion de découvrir sa face la plus fragile. À cinquante-six ans, l’Américain n’a plus rien à prouver, et ça s’entend. Il fait exactement le disque qu’il avait envie de faire.
Crédit photo : Capitol Records





