Culture

Avec Civilisation, Orelsan tient son disque le plus adulte

posted by Vincent 20 novembre 2021
Avec Civilisation, Orelsan tient son disque le plus adulte

Quatre ans après La fête est finie, Orelsan revient avec Civilisation, et le titre dit déjà beaucoup. On n’est plus dans le constat doux-amer d’un trentenaire qui range ses excès. On est dans un regard plus large, plus inquiet, posé sur une époque qui carbure et qui s’effondre en même temps.

Le rappeur de Caen y déploie ce qu’il fait de mieux : raconter des trucs énormes avec des mots simples. Le réchauffement, la surconsommation, les écrans, la fatigue collective, tout passe à la moulinette de son écriture précise, sans jamais virer au cours de morale.

Ce qui frappe, c’est la maturité du geste. À presque quarante ans, Orelsan n’a plus besoin de provoquer pour exister. Il observe, il doute, il se met lui-même dans le viseur. Le je qu’il emploie n’est plus celui du loser rigolard de ses débuts, c’est celui d’un type qui a réussi et qui se demande ce que ça veut dire.

L’album sort dans un moment particulier de sa carrière. Quelques semaines plus tôt, la deuxième partie du documentaire Montre jamais ça à personne, réalisé par son petit frère Clément Cotentin, a débarqué sur Prime Video. On y suit les deux longues années de fabrication de Civilisation, de la page blanche aux premiers concerts.

Ce documentaire change la façon d’écouter le disque. On a vu les doutes, les nuits blanches, les morceaux abandonnés, les disputes. Du coup, chaque titre porte la trace de cette fabrication laborieuse, et la perfection apparente des refrains prend une autre saveur quand on sait combien elle a coûté.

Orelsan - Civilisation (CD)

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Musicalement, Orelsan continue de brouiller les frontières. Il y a du rap, bien sûr, mais aussi de la pop, des ballades, des moments presque variété assumés. Cette ouverture lui vaut parfois le reproche d’être devenu trop lisse. C’est mal comprendre sa stratégie : il vise large parce qu’il a quelque chose à dire au plus grand monde possible.

Le mot Civilisation n’est pas choisi au hasard. Il y a là une ambition de bilan, presque de fresque. Orelsan se rêve en chroniqueur de son temps, et il faut reconnaître qu’il en a les moyens. Peu d’artistes français savent à ce point capter l’air du moment sans le caricaturer.

Reste une question, celle du sommet. Après un album si attendu, si travaillé, si bien accueilli, on se demande où il peut encore aller. C’est le luxe et la malédiction des artistes qui réussissent tout : le public attend toujours le coup d’après.

En attendant, Civilisation s’impose comme une réussite, le disque d’un homme qui regarde le monde en face sans se prendre pour un prophète. Et ça, dans le rap français, ça reste rare.

Crédit photo : DR

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