
Le Festival d’Avignon 2022 a fait une place de choix aux scènes contemporaines du monde arabe, du Maghreb au Machrek. Et dans cette programmation, ce sont souvent des voix de femmes qui ont porté les spectacles les plus marquants.
La plus emblématique reste celle de Hanane Hajj Ali, comédienne et chercheuse libanaise invitée pour la première fois dans la cité des papes. Son seule en scène, « Jogging », s’est joué au théâtre Benoît XII, et il valait largement le détour.
Le point de départ est presque banal. Une femme court chaque jour dans les ruelles de Beyrouth pour conjurer le stress, la déprime, l’ostéoporose. Mais à mesure qu’elle court, elle convoque d’autres figures, à commencer par Médée, l’antique et la contemporaine, celle qui tue ou sacrifie ses enfants sur l’autel des guerres qui ravagent le Moyen-Orient.
Hanane Hajj Ali parle d’elle-même : femme, mère, actrice, citoyenne. Elle déroule sa propre vie comme un fil, et ce fil cogne contre tous les stéréotypes qui pèsent sur les femmes arabes. Le résultat est iconoclaste, drôle parfois, et franchement courageux.
Quarante ans de carrière, un parcours de comédienne et de pédagogue, un prix d’interprétation glané au Fringe d’Édimbourg : l’artiste n’arrive pas par hasard. Elle incarne une scène libanaise vivace, qui continue de créer malgré les crises qui frappent son pays.
Autour d’elle, la programmation a tissé un dialogue plus large. Le festival voulait montrer la vitalité des formes scéniques venues du Maghreb et du Machrek, en France comme dans le reste du monde, à travers les mots des artistes et des chercheurs.
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Ce qui frappe dans cette sélection, c’est le refus du folklore. On ne nous sert pas une carte postale orientalisante, on nous met face à des créatrices qui interrogent la guerre, la maternité, la place du corps féminin, la mémoire collective.
Le théâtre devient ici un espace politique au sens noble. Donner la parole à des femmes longtemps reléguées au second plan, c’est déjà déplacer les lignes, bousculer un regard occidental souvent paresseux sur ces sociétés.
Il y a aussi quelque chose de profondément intime dans ces propositions. Derrière les enjeux géopolitiques, ce sont des trajectoires de femmes que l’on suit, avec leurs contradictions, leurs colères, leur humour de survie.
Avignon a ce pouvoir-là : faire monter sur les plus belles scènes des voix qu’on n’entend pas assez ailleurs. Et quand ces voix sont celles de femmes qui refusent qu’on parle à leur place, le spectacle prend une intensité particulière. On en ressort un peu changé.
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