
Tout part d’un détail ridicule. Julia, la cinquantaine, banlieue tranquille de Chicago, décide d’aller dans un autre supermarché que d’habitude pour acheter de la chair de crabe avant l’anniversaire de son mari. Et là, au rayon poissonnerie, elle tombe sur Helen Russo, une amie qu’elle n’a pas revue depuis dix-huit ans. En une seconde, toute une vie soigneusement rangée se met à trembler.
C’est ça, le talent de Claire Lombardo. Prendre une existence ordinaire et montrer le gouffre qu’il y a juste en dessous.
On l’avait découverte avec « Tout le bonheur du monde », cette grande saga familiale qui avait conquis pas mal de lecteurs. Elle revient chez Rivages avec un roman plus resserré dans son sujet, mais pas dans son ambition : 624 pages traduites par Laetitia Devaux et Luna Lopez, pour disséquer ce que c’est, vraiment, d’être femme, épouse, mère et fille en même temps.
Julia aime son mari Mark, un type bienveillant et solide. Elle aime ses deux enfants, Ben et Alma, devenus de jeunes adultes pas toujours tendres. Sauf que l’amour n’efface ni la fatigue, ni l’agacement, ni cette envie coupable de disparaître quelques heures. Lombardo écrit la maternité sans la sanctifier ni la diaboliser. Une femme qui rate, qui essaie, qui recommence. Ça fait du bien de lire ça aussi franchement.
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Ce qui sauve le livre de la pesanteur, c’est l’humour. Une ironie sèche, des dialogues taillés au cordeau, un sens du détail domestique qui vire au vertige : un podomètre, un ado végane, un gâteau d’anniversaire raté. On rit beaucoup, et c’est ce rire qui empêche le roman de sombrer dans le mélodrame du nid qui se vide.
On pense forcément à Anne Tyler et à Elizabeth Strout, ces autrices américaines qui savent rendre épique le quotidien le plus banal. Lombardo joue dans cette cour-là, avec une lucidité psychologique assez rare.
Le seul vrai bémol, ce sont ces 624 pages. Le roman prend son temps, parfois un peu trop, et certains chapitres tournent autour du pot. Il faut accepter ce rythme lent, ce refus du spectaculaire.
Mais si vous aimez les livres qui regardent les gens en face, sans jugement, avec tendresse et causticité, foncez. C’est le genre de roman d’été qui ne ressemble pas du tout à un roman d’été.
Crédit photo : Rivages





