Culture

Au Grand Palais, Leandro Erlich vous fait douter de ce que vous voyez

posted by Vincent 21 juin 2026
Cage d'escalier en trompe-l'oeil de Leandro Erlich, vue plongeante se répétant à l'infini dans les miroirs, exposition au Grand Palais

Il y a des expositions qu’on regarde, et d’autres dans lesquelles on entre vraiment. Celle que le Grand Palais consacre à Leandro Erlich, du 2 juin au 6 septembre, appartient clairement à la seconde catégorie. C’est la première grande rétrospective française de cet Argentin né en 1973, et accessoirement la plus vaste jamais montée sur lui en Europe : quatorze installations monumentales, dont aucune ne se contente de rester sagement accrochée au mur.

Le principe d’Erlich tient en une idée simple, mais redoutablement efficace. Il prend des éléments d’architecture qu’on connaît par cœur, un immeuble haussmannien, un ascenseur, une cage d’escalier, une piscine, et il en fait des pièges à perception. Vous croyez voir une chose, vous en vivez une autre. C’est du trompe-l’œil, sauf qu’au lieu de l’admirer à distance, vous marchez dedans.

L’expo s’ouvre sur Port of Reflections, un embarcadère où de petites barques semblent flotter sur une eau noire et parfaitement immobile. Plus loin, un labyrinthe d’ascenseurs, et cette fameuse cage d’escalier vue d’en haut qui se répète à l’infini dans les miroirs, jusqu’à vous donner le vertige pour de bon. On sort de certaines salles un peu sonné, à se demander où était le truc.

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Ce qui sauve l’ensemble du simple tour de magie, c’est la cohérence. On croule aujourd’hui sous les expériences dites immersives, souvent une projection clinquante facturée vingt euros et oubliée le soir même. Erlich joue dans une autre cour. Ses installations ne cherchent pas à en mettre plein la vue, elles posent une question, toujours la même au fond : qu’est-ce qui est réel dans ce qu’on regarde ? Et la réponse est nettement moins évidente qu’on ne le croit.

Le grand mérite de cette rétrospective, c’est qu’elle parle à tout le monde. Un enfant de huit ans y trouvera un terrain de jeu génial, un adulte y verra une réflexion sur l’illusion et nos certitudes. Rares sont les expos capables de faire les deux sans renoncer à l’une des deux.

Un conseil pratique avant de filer : réservez votre créneau. Avec les beaux jours et les nocturnes du vendredi jusqu’à 22h, le Grand Palais affiche vite complet. Mais le déplacement vaut largement le coup. On ressort de là un peu moins sûr de soi, et c’est exactement ce qu’on attend d’un grand artiste.

Crédit photo : franceinfo

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