
On connaissait Géraldine Nakache en version solaire, celle de Tout ce qui brille, de Nous York, de J’irai où tu iras. Des films qui font du bien, où l’on rit et où l’on se réconcilie. Là, elle bifurque complètement. Si tu penses bien, en salles le 16 septembre, est un drame sur l’emprise conjugale, et le virage est net.
L’histoire tient d’abord dans une rencontre. Gil croise Jacques, coup de foudre immédiat, mariage rapide, tout va très vite. Sauf que l’euphorie des débuts laisse vite place à autre chose. Jacques a une foi dévorante que Gil ne partage pas, et il va peu à peu vouloir la plier à sa vision du monde. Son mantra, celui qui donne son titre au film, ressemble surtout à une menace polie : si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien. Traduction : tais-toi et obéis.
Ce qui tient le film debout, c’est le duo. Monia Chokri et Niels Schneider se retrouvent seize ans après Les Amours imaginaires de Xavier Dolan, et le rapprochement est malin. Schneider compose un Jacques doux en apparence, imprévisible, franchement inquiétant, du genre à retourner chaque situation pour culpabiliser l’autre. Chokri, elle, échappe au piège de la victime fragile version carte postale. Elle joue la raideur du corps, la sidération, quelque chose de chaotique et de touchant qui porte tout le film.
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Nakache raconte l’engrenage par petits allers-retours dans le temps, histoire de montrer comment on se retrouve enfermé sans avoir rien vu venir. C’est là qu’elle est la plus juste, quand elle refuse le grand numéro et laisse la peur s’installer en douce.
Toutes les critiques ne suivent pas, cela dit. Certains reprochent à Nakache son décor habituel de bourgeoisie confortable, appartements chics et lumière chaude, pour parler d’un mal qui frappe partout. Le film aurait un peu trop conscience de sa propre délicatesse. Le reproche s’entend, même si les scènes d’emprise, elles, ne s’embarrassent d’aucune jolie manière.
Présenté à Cannes en mai dans la section Cannes Premières, hors compétition, le film y avait piqué la curiosité, justement pour ce changement de cap. Disons-le simplement : si vous aimez les drames qui laissent une trace et un malaise durable, celui-ci est fait pour vous. Si vous cherchez la Nakache qui console, passez votre chemin.
Crédit photo : AlloCiné





