Culture

La Monnaie de Paris laisse la bande dessinée parler d’argent, et pour une fois le sujet colle au décor

posted by Vincent 7 août 2026
Affiche de l'exposition CLING ! La bande dessinee parle cash a la Monnaie de Paris, illustree par un dessin de Gaston Lagaffe signe Franquin

Il y a des expositions dont le lieu fait déjà la moitié du travail. Celle-là en fait partie. La Monnaie de Paris, quai de Conti, frappe des pièces depuis plus de mille ans. Elle consacre son été à « CLING ! La bande dessinée parle cash », une traversée de deux siècles de rapports entre le neuvième art et le fric.

Le pari est plutôt malin. Qui mieux qu’une maison qui bat encore la monnaie pouvait accrocher à ses murs des ruées vers l’or, des lingots, des faux billets et des banquiers en costume ? On passe des chercheurs d’or crayonnés au XIXe siècle jusqu’à la finance devenue invisible, celle des algorithmes qu’aucun dessinateur ne sait vraiment mettre en cases. Plus de 250 planches, dessins et documents, tirés de collections publiques et privées, racontent cette histoire un peu gênante : la BD adore l’argent, elle en vit, et elle passe son temps à s’en moquer.

C’est là que l’expo devient plus qu’un accrochage sage. Huit auteurs contemporains ont été invités à créer des œuvres inédites autour de huit grandes figures. On y croise Blutch, Nicolas de Crécy, Catherine Meurisse, Florence Cestac, Coco, Anouk Ricard, Ugo Bienvenu et le Suisse Thomas Ott. Des styles qui n’ont rien à voir entre eux, ce qui évite l’effet catalogue et donne envie de traîner d’une salle à l’autre.

Gaston, tome 1 (Franquin)

Le clou de l’affiche, c’est Gaston Lagaffe signe Franquin. Ses gaffes tiennent dans un album a petit prix :

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Ce qui accroche vraiment, c’est le double discours assumé. La bande dessinée a longtemps été un produit populaire, vendu au kiosque, snobé par les beaux quartiers, et la voilà exposée dans un des lieux les plus dorés de Paris. L’ironie n’échappe à personne, et le parcours joue avec, entre satire sociale et succès commercial. On sort en se disant que le sujet n’a jamais été aussi actuel, maintenant que l’argent est devenu une ligne de code plutôt qu’une pièce dans la main.

Côté pratique, c’est ouvert jusqu’au 6 septembre, du mardi au dimanche, avec une nocturne le mercredi. Comptez 12 euros, 10 en tarif réduit, et c’est gratuit pour les moins de 26 ans, ce qui vise clairement les lecteurs de demain.

Si vous aimez la BD, vous y verrez vos auteurs sous un angle inattendu. Si vous n’y connaissez rien, vous ressortirez avec deux siècles d’histoire économique racontés en cases. Difficile de faire plus accessible pour une sortie parisienne d’été.

Crédit photo : La Monnaie de Paris

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