
On l’avait quittée en héroïne inattendue des Oscars. En mars 2025, Camille repartait de Los Angeles avec la statuette de la meilleure chanson originale pour « El Mal », écrite avec Clément Ducol pour « Emilia Perez ». Difficile de faire plus improbable comme trajectoire pour une chanteuse française qui, vingt ans plus tôt, faisait des percussions avec sa poitrine sur « Le Fil ». La voilà qui revient, ce 18 septembre, avec un objet franchement à part.
« The Sound of Milk » n’est pas un album, c’est trois. Un triptyque enregistré par petites touches entre 2010 et 2025, découpé en trois âges : Naissance, Enfance, Adolescence. Vingt-neuf titres au total, sortis sur son propre label Balulalo. Le geste est un peu fou quand on y pense. Elle a suivi la croissance de ses enfants et en a fait la matière même de sa musique, du souffle brut aux vraies chansons pop.
La partie Naissance, c’est un seul morceau de plus d’une demi-heure, enregistré dans la maison familiale en Gascogne. Pas d’instruments, ou presque. Des respirations, des voix, un chœur de famille qui monte doucement. Autant vous prévenir, ça demande un peu de lâcher-prise. Puis Enfance s’étoffe, les mélodies arrivent, et Adolescence bascule carrément dans la pop, avec ses meilleurs titres : « Si tu souris aux anges », « La Terre », « Belles », « Monsieur Garçon ».
L’album entier, dans son coffret 3 CD :
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Ce qui frappe, c’est la cohérence de l’ensemble malgré les quinze ans d’écart. Camille parle de maternité, de transmission, de ce lien un peu mystique entre les générations, sans jamais tomber dans la mièvrerie qui guette ce genre de sujet. Il y a du blues, du folk, du jazz, du swing, et toujours cette voix qui joue à se transformer.
Alors soyons honnêtes, tout n’est pas d’un accès immédiat. Les premiers morceaux dépouillés peuvent dérouter, et vingt-neuf titres, c’est beaucoup à avaler d’un coup. Mais c’est justement le genre de disque qu’on n’écoute pas en fond sonore. On s’y installe, on y revient, on laisse infuser.
Si vous avez aimé la Camille inventive des débuts, celle qui traitait sa voix comme un instrument à part entière, vous serez en terrain connu, en plus tendre. Et si vous ne connaissez que « El Mal », voilà une belle porte d’entrée vers une artiste qui n’a jamais fait comme les autres. Ça se savoure lentement, et ça vaut le détour.
Crédit photo : Camille (Balulalo / Because Music)





