
Quinze ans. C’est le temps qu’il a fallu à Camille Dalmais pour accoucher de The Sound of Milk, sorti le 18 septembre. On parle de la chanteuse du Fil et de Ilo Veyou, celle qui n’avait plus rien sorti de personnel depuis Oui en 2017. Neuf ans de silence discographique, et puis ça.
Entre-temps, il y a eu l’Oscar. Début 2025, Camille et Clément Ducol décrochent la statuette de la meilleure chanson originale pour El Mal, dans Emilia Pérez. De quoi la faire connaître bien au-delà du public qui la suivait déjà. On pouvait s’attendre à ce qu’elle capitalise là-dessus avec un album pop calibré pour les radios. Elle fait exactement l’inverse.
The Sound of Milk est un triptyque. Trois parties enregistrées sur trois périodes de cinq ans : Naissance (2010-2015), Enfance (2015-2020), Adolescence (2020-2025). La première, ce sont des bouts de bande captés à la maison, des souffles, des murmures, presque rien. La deuxième reprend les mêmes morceaux habillés de chœurs familiaux. La troisième les transforme en vraies chansons pop, plus pleines, plus produites. Le même matériau qui grandit en même temps que l’enfant dont il parle. C’est le concept, et il tient debout.
Si l’album vous intrigue, l’édition intégrale rassemble les trois volets du projet :
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Alors oui, il faut accepter d’entrer là-dedans. Les premiers titres sont nus, un peu austères, et on comprend que l’album se mérite. Mais quand arrive la partie Adolescence, avec Si tu souris aux anges, La Terre, Belles ou Monsieur Garçon, cette chanson d’une délicatesse rare sur le regard d’une mère qui voit son fils devenir un homme, là on se dit que l’attente valait le coup.
Ce n’est pas un disque qu’on écoute distraitement en faisant la vaisselle. Il demande de l’attention, du silence autour. C’est sa force et sa limite. Les fans de la première heure, ceux qui l’ont suivie quand elle percussionnait son corps sur scène, vont s’y retrouver sans problème. Les curieux attirés par l’Oscar risquent d’être un peu désarçonnés.
Mais bon, c’est Camille. On ne lui a jamais demandé d’être confortable. Après quinze ans de patience, elle livre un objet tendre, bizarre et profondément humain, qui ne ressemble à rien d’autre cette année. Si vous aimez qu’un album vous résiste avant de s’ouvrir, celui-là est pour vous.
Crédit photo : Camille / Because Music





