
Vous connaissez peut-être Gracie Abrams sans le savoir. C’est elle, « That’s So True », ce tube tout doux qui a tourné en boucle il y a un peu plus d’un an et qui l’a fait passer des premières parties de Taylor Swift à ses propres tournées. À 26 ans, elle sort cette semaine son troisième disque, « Daughter from Hell », et le titre annonce la couleur : on quitte la jeune fille sage.
Ce qui frappe d’abord, c’est le monde qui l’entoure. Aaron Dessner, le cerveau de The National, produit l’ensemble. Justin Vernon, alias Bon Iver, cosigne un morceau. Marcus Mumford passe sur un titre plus country. Et même Paul Mescal, l’acteur d’Aftersun, a écrit avec elle « Imaginary Friend ». Pour un public qui a grandi avec l’indie des années 2000, ça fait un drôle d’effet : voir sa génération adopter la nouvelle.
Le résultat tient sur seize chansons, et il est plus sombre qu’on l’imagine. Abrams y parle de l’âge adulte qui cogne, des relations qui déraillent, d’amis imaginaires, avec une imagerie de lames et de collisions qui revient d’un bout à l’autre. Rien d’anecdotique. C’est un vrai disque de rupture avec soi-même, où elle cherche à comprendre pourquoi elle vit, dit-elle, dans un schéma d’effondrements.
L’album dont on parle ici, à écouter en entier :
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La presse a globalement suivi. Rolling Stone parle carrément de son meilleur album, celui où sa voix se déploie enfin, du soprano aérien aux envolées plus puissantes. D’autres sont plus tièdes. Consequence salue le chant mais lui reproche de s’encombrer elle-même, avec trop de ballades et pas assez de relief. Les deux ont un peu raison, en fait.
Parce que c’est là tout le paradoxe. Quand Abrams accepte de bousculer sa formule, portée par les textures organiques de Dessner, elle touche juste et vous cueille. Quand elle retombe dans la confidence murmurée qui a fait son succès, on décroche. L’album oscille entre les deux sans toujours trancher.
Il confirme quand même une chose : Gracie Abrams n’est pas qu’un produit de playlist. Il y a là une vraie autrice, bien entourée, qui essaie de grandir en public. Si vous aimez le folk-pop feutré de Phoebe Bridgers ou justement de Bon Iver, foncez. Si la pop introspective vous laisse froid, ce disque ne vous convertira pas. Mais il mérite bien plus qu’une écoute distraite en fond sonore.
Crédit photo : Interscope Records





