
Neuf ans qu’on attendait un vrai album de Camille. Depuis Ouï en 2017, elle a fait des bébés, gagné un Oscar pour la chanson El Mal d’Emilia Pérez en 2025, et visiblement accumulé des heures d’enregistrement dans tous les coins de sa vie. The Sound of Milk, sorti le 18 septembre, est le résultat de ce long silence apparent.
Et quel objet. On ne parle pas d’un album de dix titres bien calibrés pour la radio, mais d’un triptyque de vingt-neuf morceaux construit sur quinze ans, découpé en trois mouvements : Naissance, Enfance, Adolescence. Le tout se referme sur une pièce-fleuve de trente-deux minutes qui donne son nom au disque. Autant vous prévenir tout de suite, ce n’est pas une écoute qu’on avale dans le métro entre deux stations.
Le sujet, c’est la transmission. Camille y chante la grossesse, ses enfants, la lignée, le rapport au vivant, avec cette voix qu’elle triture depuis toujours comme un instrument à part entière. La partie Naissance tient du journal sonore, faite de souffles et de respirations enregistrées en Gascogne. On est plus proche de l’installation sonore que de la chanson, et c’est là que certains décrocheront.
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Parce que l’album demande un vrai effort. Le concept est beau sur le papier, parfois un peu théorique à l’oreille. Mais quand Camille revient à la chanson pure, dans le troisième mouvement, elle est bouleversante. Monsieur Garçon, Si tu souris aux anges ou La Terre comptent parmi ses plus belles choses, des miniatures d’une délicatesse rare sur le regard d’une mère. C’est là que le disque vous cueille vraiment.
Ce qui frappe, c’est l’absence totale de calcul. Camille aurait pu capitaliser sur son Oscar et balancer un album pop efficace. Elle a préféré ce geste organique, exigeant, presque expérimental, qui ne cherche à plaire à personne. On peut trouver ça prétentieux, on peut aussi y voir une liberté d’artiste de plus en plus rare dans la variété française.
Pour qui, du coup ? Pas pour une première rencontre avec Camille, clairement. Mais si vous aimez les disques qui prennent leur temps, qui se méritent et finissent par s’installer durablement, celui-là a tout pour devenir un compagnon. Laissez-lui quelques écoutes. Il ne se donne pas au premier rendez-vous.
Crédit photo : Camille / Because Music





