
On aurait pu passer à côté. Thélyson Orélien, 37 ans, poète québécois né en Haïti, arrivé au Canada après le séisme de 2010, publie son tout premier roman. Personne ne le connaissait. Et voilà que « C’était ça ou mourir » est devenu le meilleur lancement des éditions du Boréal depuis leur création en 1963, avant d’être traduit dans une vingtaine de pays et repris en France par Grasset ce 19 août. Pour un débutant, ça force le respect.
L’histoire tient en une phrase, mais elle vous poursuit longtemps. Jonas Dorléon, jeune professeur de Port-au-Prince, fuit son quartier après une attaque de gang. Dans son sac, un diplôme, un cahier de poèmes et la photo de sa mère. C’est tout. Commence alors une traversée à pied, en bus, en camion, de la République dominicaine au Brésil, puis le Mexique, cap sur le Canada. La faim, les passeurs, l’exploitation, la peur permanente d’être renvoyé. Un chemin de croix moderne que des milliers de gens empruntent pour de vrai, sans qu’on veuille vraiment le savoir.
Ce qui aurait pu rester un dossier de presse déguisé en fiction devient, sous la plume d’Orélien, une vraie épopée. Il ne larmoie pas. Il ne fait pas non plus dans le catalogue d’horreurs. Il tient la tension du début à la fin, et surtout il invente une langue. Un français créolisé, traversé d’espagnol et de portugais, une langue qui déborde, grouille, balance des aphorismes à chaque page. Jonas doit sans arrêt cacher son accent, gommer son identité pour survivre, et le livre fait exactement l’inverse : il laisse tout jaillir.
Envie de vous plonger dedans ? Le roman est disponible en grand format.
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C’est là que le roman gagne son pari. On ne lit pas une leçon de morale sur la migration, on épouse un regard, une voix, un rythme. Le sujet est lourd, l’écriture ne l’est jamais. Quelques longueurs dans le dernier tiers, peut-être, quand le périple s’étire. Mais bon, difficile de reprocher à un voyage sans fin de paraître, par moments, sans fin.
Pour qui ? Pour les lecteurs qui aiment quand un livre les emmène là où ils n’iront jamais, sans confort ni filet. C’est exigeant, c’est physique, et ça reste l’un des grands textes de cette rentrée. Si vous ne deviez en lire qu’un des premiers romans de septembre, celui-là mérite franchement la place.
Crédit photo : Grasset





