Culture

Avant l’été, Paris déroule ses plus belles expositions

posted by Vincent 17 juin 2023
Avant l'été, Paris déroule ses plus belles expositions

Juin a quelque chose d’un sprint culturel. Les grandes expositions du printemps arrivent à maturité, certaines s’apprêtent à fermer, d’autres battent leur plein, et il faut faire des choix avant que la torpeur estivale ne vide les musées. Paris, en cette fin de saison, offre un éventail particulièrement riche, entre rencontres de génies et redécouvertes attendues.

Le rendez-vous le plus spectaculaire se joue à la Fondation Louis Vuitton, qui réunit deux monstres de l’art américain : Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol. Le projet raconte un moment précis, les années 1984 et 1985, durant lesquelles les deux artistes ont peint à quatre mains près de cent soixante toiles. Warhol posait les premières formes, Basquiat venait les recouvrir, les bousculer, presque les défigurer, et le premier relançait. Une centaine de ces œuvres sont rassemblées, portraits croisés d’une amitié électrique entre l’icône du pop art et le jeune prodige mort à 27 ans. Autour d’eux gravite toute la scène underground new-yorkaise des années 1980, vibrante et déjà nostalgique.

Le musée d’Orsay propose, lui, une confrontation d’un autre âge mais tout aussi passionnante, entre Édouard Manet et Edgar Degas. Deux figures majeures de la peinture nouvelle des années 1860-1880, longtemps voisines, rivales, complices, dont l’exposition explore les liens, les influences réciproques et les divergences. On y mesure combien la modernité picturale s’est construite dans ces frottements entre talents contemporains, à coups de regards échangés sur les mêmes sujets traités autrement.

Au Centre Pompidou, c’est une rétrospective que l’on aurait tort de manquer, d’autant qu’elle touche à sa fin : celle consacrée à Germaine Richier. La sculptrice, longtemps reléguée dans l’ombre des grands noms masculins de son époque, retrouve enfin la lumière à travers quelque deux cents œuvres, sculptures, gravures, dessins et peintures. Ses figures hybrides, mi-humaines, mi-animales, parfois mythologiques, dégagent une étrangeté inquiète qui n’a rien perdu de sa force. C’est l’occasion rare de mesurer l’ampleur d’une trajectoire singulière, celle d’une artiste qui a inventé une mythologie bien à elle.

Ce qui frappe, en parcourant cette saison, c’est la diversité des dialogues proposés. Partout, il est question de duos, de tensions, de regards qui se répondent : Basquiat et Warhol, Manet et Degas, et même Richier face à son époque qui peinait à la reconnaître. Les musées parisiens semblent s’être donné le mot pour raconter l’art non comme une succession de génies solitaires, mais comme une conversation permanente, faite d’émulation et de frictions.

Reste le conseil d’usage : ne pas trop traîner. Plusieurs de ces accrochages ferment leurs portes avant ou pendant l’été, et les files d’attente s’allongent à mesure que la date butoir approche. Mieux vaut réserver, viser les créneaux matinaux et accepter de ne pas tout voir. Car à vouloir tout embrasser, on finit épuisé, et l’art mérite mieux qu’une visite au pas de course.

Crédit photo : DR

Basquiat x Warhol, a quatre mains (catalogue)

Pour prolonger l’expo de la Fondation Louis Vuitton, le catalogue Basquiat x Warhol garde une trace de ces toiles a quatre mains.

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