
Il y a des noms qui, à force de revenir dans les colonnes judiciaires, finissent par incarner une époque et ses zones d’ombre. Jean-Marc Morandini est de ceux-là. L’animateur, longtemps figure incontournable des médias français, se retrouve une nouvelle fois confronté à la justice, dans une succession d’affaires qui dessine, mises bout à bout, un portrait accablant.
Au cœur du dossier le plus retentissant, une web-série au titre presque ironique : Les Faucons. Révélée en 2016, l’affaire concerne le casting de cette production dont Morandini était le producteur. De jeunes comédiens, âgés d’une vingtaine d’années, racontent avoir été poussés à se dénuder, à s’exhiber, parfois à se filmer dans des scènes intimes. Le tout orchestré par une certaine Catherine Leclerc, fausse directrice de casting derrière laquelle se cachait, en réalité, l’animateur lui-même. Un stratagème qui, déballé devant les juges, a fait basculer l’image publique d’un homme de télévision en accusé ordinaire.
La machine judiciaire a fini par trancher. Condamné en première instance, Morandini a vu sa peine alourdie en appel : six mois de prison avec sursis, une amende de dix mille euros, une obligation de soins, et l’indemnisation de ses victimes. Des condamnations devenues définitives, qui ne laissent plus place à l’interprétation. Et ces affaires ne se limitent pas au seul volet des Faucons : l’animateur a également été poursuivi et condamné pour harcèlement sexuel, dans un faisceau de procédures qui se répondent et se renforcent.
Ce qui frappe, dans cette histoire, ce n’est pas seulement la gravité des faits, c’est leur durée. Pendant des années, malgré les révélations successives, Morandini a continué d’animer, de commenter, de tenir l’antenne. La justice avançait à son rythme, lent, prudent, pendant que la carrière médiatique, elle, semblait curieusement résister. Combien de fois faut-il être mis en cause pour que les portes des studios finissent par se fermer ? La question dépasse largement le cas d’un homme.
Car cette affaire est aussi celle d’un milieu. Le monde des médias a longtemps cultivé une forme d’aveuglement complaisant, protégeant ses figures tant qu’elles faisaient de l’audience, fermant les yeux sur les rumeurs et les signalements. Le mouvement de libération de la parole, qui a fini par atteindre ce secteur comme tant d’autres, a contraint chacun à regarder en face ce qu’il préférait ignorer. Les procès Morandini en sont, à leur manière, un symptôme et un révélateur.
Reste le sort des victimes, ces jeunes hommes qui ont eu le courage de parler, d’affronter les regards, de tenir bon jusqu’au verdict. Leur ténacité a permis que la justice dise enfin le droit, noir sur blanc. C’est peu, diront certains, au regard des années écoulées. C’est beaucoup, pourtant, dans un système où le silence a si longtemps prévalu. Et c’est sans doute là l’essentiel : la preuve que la parole, même tardive, finit par peser.
Crédit photo : DR
Sur la liberation de la parole face aux abus longtemps tus, le recit de Camille Kouchner a fait date.
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