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Violences faites aux enfants : un plan d’État sommé de tenir ses promesses

posted by Vincent 10 juin 2023
Violences faites aux enfants : un plan d'État sommé de tenir ses promesses

Protéger l’enfance reste l’un de ces sujets sur lesquels tout le monde tombe d’accord en théorie, et que les pouvoirs publics peinent à traduire en actes concrets. Le plan gouvernemental de lutte contre les violences faites aux enfants, déployé sur la période 2023-2027, avance dans ce climat ambigu : des intentions affichées, une vingtaine de mesures annoncées, et une attente immense de la part des associations comme des familles concernées.

Le diagnostic, lui, n’a rien d’abstrait. Chaque année, des dizaines de milliers d’enfants subissent des violences physiques, sexuelles ou psychologiques, souvent au sein même du cercle familial. Le silence reste la règle, la parole l’exception, et les dispositifs de signalement demeurent mal connus du grand public. Face à cela, l’État promet de muscler ses moyens : davantage d’enquêteurs spécialisés, un effort de formation à destination des magistrats, des agents publics, des soignants et de tous les professionnels au contact des enfants.

Parmi les mesures qui retiennent l’attention figure un coup de pouce financier de 1 500 euros versé à 18 ans aux jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance. La somme peut sembler modeste au regard des parcours souvent chaotiques de ces jeunes adultes lâchés dans la nature du jour au lendemain. Elle a le mérite d’exister, à condition qu’elle s’accompagne d’un véritable suivi et ne se résume pas à un solde de tout compte symbolique.

Le plan insiste aussi sur les publics les plus exposés. Les enfants en situation de handicap, davantage victimes de maltraitances, doivent bénéficier d’actions adaptées et renforcées. Les territoires d’outre-mer, où les violences physiques, sexuelles et psychologiques touchent les mineurs dans des proportions supérieures à celles de l’Hexagone, font l’objet d’une attention particulière : campagnes de sensibilisation accessibles, diffusion du numéro d’urgence dédié à l’enfance en danger, formation des professionnels de terrain.

Reste la question qui fâche, celle des moyens. Un plan ne vaut que par son financement et par la volonté politique de le faire vivre au-delà des effets d’annonce. Les associations spécialisées le répètent depuis des années : la protection de l’enfance souffre d’un manque chronique de personnel, de places d’accueil et de coordination entre les acteurs. Une circulaire ne remplace pas un éducateur, et une campagne de communication ne soigne pas un traumatisme.

L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule sphère institutionnelle. Briser le tabou, c’est aussi former la société entière à repérer les signaux d’alerte, à ne plus détourner le regard, à croire la parole des enfants. Sur ce terrain, les mentalités évoluent plus vite que les budgets. Le plan gouvernemental sera jugé non pas sur ses promesses, mais sur le nombre d’enfants qu’il aura concrètement mis à l’abri. Le rendez-vous est fixé, et l’opinion ne se contentera pas de bonnes intentions.

Crédit photo : DR

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