
Il s’appelle Mustafa. Sur ses cartes de visite, c’est Mathieu. Le personnage central d’Une affaire turque, qui sort en salles ce mercredi 12 août, a gommé son prénom comme on gomme un accent, pour se fondre dans un cabinet d’affaires parisien et grimper l’échelle sociale sans traîner ses origines derrière lui.
Tout le film tient là-dessus. Cet avocat brillant vise le statut d’associé, il bosse comme un forcené, il a presque réussi à faire oublier d’où il vient. Et puis débarque un jeune Turc en galère, chauffeur de taxi tabassé dans une agression raciste, qui a besoin d’aide. Le voilà happé dans une affaire de corruption qui remonte jusqu’au Parlement européen. Toute son ascension patiemment construite peut s’effondrer d’un coup.
Le film est malin parce qu’il refuse de choisir entre le thriller politique et la chronique sociale. Les deux avancent ensemble. On suit une intrigue tendue de dossiers truqués et de compromissions, mais toujours à hauteur d’un homme qui n’a jamais vraiment su où poser ses valises, ni tout à fait Turc, ni tout à fait le notable qu’il joue à être.
Le film est signé Hüseyin Aydin Gürsoy, né en Turquie en 1988 et arrivé en France à trois ans. C’est son premier long métrage, et le sujet le regarde évidemment de près. Ça se sent. Il filme la communauté turque de France comme on la voit rarement à l’écran, sans folklore ni misérabilisme, juste des gens.
Vous avez aimé Lionel Erdogan ici ? On le retrouve en flic dans Engrenages, sans doute le meilleur polar français en série.
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Devant la caméra, Lionel Erdogan porte le film sur ses épaules. Vous l’avez peut-être croisé dans Engrenages, où il jouait Tom, mais il vient surtout du théâtre, et ça se voit dans la précision qu’il met à ne jamais surjouer le déchirement. Autour de lui, Charles Berling est franchement épatant en figure trouble du cabinet, avec Lubna Azabal et Maud Wyler qui complètent une distribution solide.
La critique a plutôt bien accueilli le tout, en saluant un thriller qui questionne le fameux modèle d’intégration à la française sans jamais faire la leçon. C’est peut-être ça le plus réussi, d’ailleurs. Pas de discours, pas de morale plaquée, juste un type coincé entre deux mondes qui doit décider lequel il trahit.
Si vous aimez les films français qui pensent en même temps qu’ils tiennent en haleine, celui-là mérite le détour.
Crédit photo : AlloCiné





