
Colin Niel, vous l’avez peut-être lu sans le savoir. C’est l’auteur de Seules les bêtes, ce roman noir que Dominik Moll a porté à l’écran, et d’Entre fauves. Un habitué du polar, donc, des disparitions et des tensions rurales. Sauf que son neuvième livre, paru le 21 août au Seuil, change complètement de terrain.
Ici, pas d’enquête. Le fil, c’est un oiseau : le courlis, ce grand échassier au bec recourbé dont le chant ressemble à un sifflement mélancolique, et dont les populations s’effondrent un peu partout en Europe. Autour de lui, Niel tisse trois histoires sur trois territoires.
Dans les Highlands écossais, Fiona, son mari éleveur et leur fils adolescent qui perd peu à peu la vue se battent pour garder une ferme au bord de la faillite. En baie de Somme, un chasseur voudrait transmettre sa passion à un gamin des villes que ça n’intéresse pas vraiment. Et au Maroc, un jeune homme rêve de partir quand son père attend tout autre chose de lui. Trois familles qui ne se croiseront jamais, mais que relie ce même oiseau migrateur, dont la survie dépend directement de ce que les hommes font de leurs terres.
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On sent le métier derrière tout ça. Niel a passé douze ans à travailler à la préservation de la biodiversité, en Guyane et en Guadeloupe entre autres, et ça se lit à chaque page. La nature n’est jamais un décor. C’est une matière vivante, précise, documentée, qui donne au roman cette texture de nature writing à l’américaine qu’on croise rarement en France avec autant de justesse.
Le vrai sujet, au fond, ce n’est pas l’oiseau. C’est la transmission. Qu’est-ce qu’on lègue à ses enfants quand le monde qu’on leur laisse est en train de se dérégler ? La question traverse les trois récits sans jamais se transformer en leçon, et c’est là que Niel est fort : il fait confiance à ses personnages, à leurs silences, à leurs entêtements.
368 pages, 22 euros. Le rythme est ample, parfois lent, il faut accepter de se laisser porter. Mais on referme le livre avec cette sensation rare d’avoir compris quelque chose sur ce qui nous relie au vivant, et sur ce qui est en train de nous filer entre les doigts. Pour moi, c’est un des romans qui restera de cette rentrée.
Crédit photo : Seuil





