
Il y a des expositions qu’on visite, et d’autres qu’on regarde respirer. Celle que la Fondation Louis Vuitton consacre à Alexander Calder, jusqu’au 16 août, est clairement de la seconde catégorie. Près de 300 œuvres réparties sur plus de 3000 mètres carrés, et même un débordement inédit sur la pelouse extérieure. Autant dire qu’on a vu plus petit.
Calder, c’est l’Américain qui a inventé une chose toute bête en apparence : la sculpture qui bouge. Avant lui, on tournait autour d’un bronze immobile. Lui a suspendu des formes au plafond et les a laissées dériver au gré de l’air. Ce sont les fameux mobiles, ce mot que Marcel Duchamp lui a soufflé un jour. Quand les pièces restent plantées au sol, on parle de stabiles. Toute son œuvre tient dans cet écart entre le mouvement et l’immobilité.
Le titre de l’expo, « Rêver en équilibre », résume bien l’affaire. On marche entre des feuilles de métal peintes qui pivotent à peine, et on se surprend à retenir son souffle pour ne pas perturber la chorégraphie. Sartre, qui adorait son travail, disait que ces objets empruntaient leur vie à la vie vague de l’atmosphère. C’est exactement ça : un courant d’air, un visiteur qui passe, et la composition se réorganise toute seule.
Le clou du parcours, c’est le retour à Paris du Cirque Calder, prêté par le Whitney Museum pour la première fois depuis quinze ans. Une petite ménagerie de fil de fer, d’acrobates et de clowns miniatures que l’artiste manipulait lui-même devant le tout-Paris des années 20. C’est naïf, c’est bricolé, et c’est franchement attendrissant de voir d’où est partie une telle carrière.
Pour prolonger la visite et comprendre comment Calder a fait bouger la sculpture, ce petit Découvertes Gallimard est parfait.
Calder : La sculpture en mouvement → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
L’événement coïncide avec le centenaire de l’arrivée de Calder en France et les cinquante ans de sa mort. Le genre de prétexte commémoratif qui sent parfois le réchauffé, sauf qu’ici la matière suit. On ressort avec l’envie un peu enfantine de bricoler des trucs qui pendent.
Le bémol, c’est la Fondation elle-même : affluence, files d’attente, réservation quasi obligatoire le week-end. Visez un créneau en semaine, le matin de préférence, vous profiterez bien mieux du silence. Parce que des mobiles de Calder dans une salle bondée, ça perd un peu de sa magie.
Pour qui aime sortir d’une expo le cerveau aéré plutôt que saturé, c’est tout vu.
Crédit photo : Amaury Laporte (CC BY 2.0)





