
Il y a des films qu’on croit connaître parce qu’on en a entendu parler mille fois, et qu’on n’a en fait jamais vus sur grand écran. Les Hommes du Président est de ceux-là. Le thriller d’Alan J. Pakula, sorti en 1976, revient dans les salles françaises depuis le 26 août, dans une restauration 4K tirée du négatif d’origine. Distribué par Park Circus. Deux heures dix-huit qui n’ont pas pris une ride.
L’histoire, vous la connaissez au moins de nom. En juin 1972, cinq hommes se font arrêter en pleine nuit dans les bureaux du Parti démocrate, à Washington, dans un immeuble qui s’appelle le Watergate. Un banal cambriolage, dit-on. Sauf que deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, tirent le fil. Et le fil remonte jusqu’à la Maison-Blanche, jusqu’à faire tomber un président américain.
Ce qui frappe, en le revoyant, c’est à quel point le film refuse le spectacle. Pas de course-poursuite, pas de musique qui vous prend par la main. Juste des coups de fil qui n’aboutissent pas, des portes qu’on referme au nez, des heures passées à recouper une source qui parle à moitié. Redford et Hoffman jouent l’entêtement plus que l’héroïsme. Et c’est exactement ça qui rend la chose passionnante.
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Pakula filme une rédaction comme d’autres filment un champ de bataille. Le grand plateau du Post, ses néons blafards, le cliquetis des machines à écrire, Jason Robards en rédacteur en chef qui aboie pour réclamer une deuxième source. Le film a raflé quatre Oscars à l’époque, dont celui du meilleur scénario pour William Goldman, et on comprend vite pourquoi. Tout tient dans le dialogue et le tempo.
Le revoir en 2026 a quelque chose de troublant. On doute de tout, l’info se fabrique et se déforme en quelques clics, et ce vieux film rappelle une évidence un peu oubliée : vérifier prend du temps, coûte cher, et n’a rien de glamour. C’est aussi ça qu’il raconte.
Si vous ne l’avez jamais vu, foncez. Et si vous croyez l’avoir vu, revoyez-le quand même, dans le noir d’une salle. Certains classiques ne demandent qu’à redevenir contemporains.
Crédit photo : L’Officiel des spectacles





