Culture

Lilia Hassaine rend enfin la parole à la folle du grenier de Jane Eyre, et JE est le roman qui secoue la rentrée

posted by Vincent 29 août 2026
Couverture du roman JE de Lilia Hassaine, deux silhouettes de femmes en robe au coucher du soleil, éditions Gallimard

Vous connaissez peut-être Bertha Mason sans le savoir. C’est la femme enfermée dans les combles de Thornfield, celle qui hurle la nuit et finit par mettre le feu au manoir dans Jane Eyre, le classique de Charlotte Brontë. Un monstre commode, jamais interrogé, à peine humain. Lilia Hassaine a décidé qu’il était temps de lui rendre la parole.

Son quatrième roman, JE, paru chez Gallimard le 20 août, exhume cette figure oubliée et lui redonne un nom : Antoinette Cosway, créole jamaïcaine de bonne famille. Ceux qui ont lu Jean Rhys et sa Prisonnière des Sargasses reconnaîtront le clin d’oeil, parfaitement assumé. On suit d’abord Antoinette en Jamaïque, dans une première partie gorgée de soleil, de couleurs et de végétation, où elle tombe amoureuse d’un Anglais impénétrable et fascinant nommé Edward Rochester. Puis vient l’Angleterre. Et tout bascule.

Ce qui démarre comme une histoire de séduction se change lentement en entreprise de démolition. Rochester manipule, isole, retourne la réalité contre elle. Les baisers deviennent des blessures. Et la bonne société victorienne, autour, regarde ailleurs, trop contente de livrer la jeune femme à son bourreau avant de la déclarer folle.

Hassaine appelle ça explorer les mécanismes précis d’un anéantissement psychologique. Nous, aujourd’hui, on appelle ça du gaslighting. C’est toute la force du livre : une trame écrite il y a presque deux cents ans devient soudain d’une actualité brûlante.

JE — Lilia Hassaine (Gallimard)

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Le style épouse le récit. Lyrique et solaire dans la partie jamaïcaine, plus sombre et plus tendu une fois la Manche passée. L’autrice relie aussi les violences coloniales aux violences conjugales, sans jamais transformer son roman en tract. On reste dans le romanesque, on est happé, on tourne les pages sans les voir défiler.

Gallimard vend ça comme un texte à mi-chemin entre le roman victorien et le thriller intime contemporain. Pour une fois, la quatrième de couverture ne ment pas. La presse, elle, parle déjà du grand roman de la rentrée et voit Hassaine en candidate sérieuse aux prix d’automne.

Alors oui, il faut aimer les relectures de classiques, et connaître un peu Jane Eyre aide à savourer le geste. Mais ce n’est pas obligatoire. On peut ouvrir JE sans rien savoir de Brontë et se laisser cueillir par cette voix qu’on a fait taire pendant deux siècles. Pour moi, c’est le titre de la rentrée à ne pas laisser filer.

Crédit photo : Gallimard

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