
Un homme rentre à la maison après cinq ans derrière les barreaux. Son fils Enzo, dix-neuf ans, y voit une chance de recoller les morceaux. Sa sœur Carla, elle, ne veut même pas en entendre parler. Voilà tout le film de Julien Gaspar-Oliveri, ou presque, et c’est justement dans ce presque que tout se joue.
La Frappe est sorti mercredi en salles, après un passage remarqué à la Semaine de la critique de Cannes au printemps. Premier long métrage, 106 minutes, et un sujet dont on ne ressort pas tout à fait indemne : les violences familiales, ce qu’un père abîme chez ses enfants, et cette question un peu troublante de savoir si on peut continuer à aimer quelqu’un qui vous a fait tant de mal.
Le film ne l’explique jamais vraiment. Il montre. Gaspar-Oliveri filme des visages en gros plan, des silences, des corps qui se frôlent ou se raidissent, et il laisse le non-dit peser au moins autant que les dialogues. Il y a cette scène de karting, entre le père et le fils, qui en dit plus long sur leur lien que n’importe quelle confession. Du coup on avance en tension permanente, jamais tout à fait sûr de ce qui va exploser.
Pour retrouver Bastien Bouillon dans le rôle qui l’a révélé, le polar glaçant de Dominik Moll reste une valeur sûre :
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Côté acteurs, c’est du solide. Bastien Bouillon, qu’on avait découvert dans La Nuit du 12, est carrément méconnaissable en père trouble, ni tout à fait monstre ni vraiment rachetable. Trois Couleurs parle d’un drame sur la banalité des monstres, et c’est exactement ça. Face à lui, le jeune Belge Diego Murgia porte le film sur ses épaules avec une justesse assez rare pour un premier grand rôle. Romane Fringeli, en sœur cabossée mais debout, complète le trio.
Alors oui, ce n’est clairement pas le film qu’on va voir pour se détendre un dimanche soir. C’est âpre, ça met mal à l’aise, et c’est précisément le but. Là où Gaspar-Oliveri s’en tire avec les honneurs, c’est qu’il ne cherche jamais la larme facile ni la leçon de morale. Il pose une situation impossible et il vous laisse avec.
Pour un premier film, la maîtrise est franchement impressionnante. Si vous aimez le cinéma français qui prend des risques et refuse le confort, foncez. Les autres, vous voilà prévenus : ça secoue.
Crédit photo : Baby Tiger / La Semaine de la Critique





