Culture

Antoine Chainas troque le polar pour l’espace, et La Désabondance signe le vertige littéraire de la rentrée

posted by Vincent 26 septembre 2026
Couverture du roman La Desabondance d'Antoine Chainas, edite chez Plon

On connaissait Antoine Chainas en maître du roman noir, une plume qui cognait fort du côté de la Série noire chez Gallimard. Le voilà chez Plon, où il retrouve son éditeur Aurélien Masson, et il en profite pour tout envoyer valser. La Désabondance, paru le 20 août, 320 pages, c’est de la science-fiction. De la vraie, ambitieuse, un peu folle.

L’histoire démarre avec cinq sœurs. Les Kowalsky, disparues depuis dix ans, réapparaissent et deviennent un phénomène planétaire. On les embarque dans un programme spatial baptisé EnnoIA, à bord d’un vaisseau nommé la Génitrice, une intelligence artificielle censée dénicher de nouveaux mondes pour le tourisme spatial de demain. Sauf que voilà, le programme s’enraye. Le vaisseau erre dans le vide, les frontières du temps et de l’espace se mettent à fuir de partout, et l’une des sœurs finit par s’éjecter en catastrophe pour rejoindre la Terre.

C’est là que le roman bascule. La Terre qu’elle retrouve a tout débranché. L’humanité a tourné le dos au progrès, à la technologie, à la course en avant. Elle vit en tribus nomades au milieu des forêts, la population fond, la langue elle-même s’appauvrit. Voilà la désabondance : pas tout à fait la décroissance, quelque chose de plus trouble, l’épuisement d’un modèle bâti sur l’abondance, la maîtrise et le progrès sans fin.

La Désabondance, Antoine Chainas (Plon)

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Ce que Chainas réussit, c’est de ne jamais lâcher ses personnages au profit de ses idées, et Dieu sait qu’il en a. On pense à David Mitchell pour cette façon de tresser plusieurs récits en une seule question vertigineuse : de quelles histoires une société a-t-elle besoin pour accepter de tout changer ? Le livre est dense, parfois trop riche pour son propre bien, mais d’une limpidité qui étonne vu la complexité du bazar.

Alors oui, c’est exigeant. Ce n’est pas le roman qu’on lit d’une main sur la plage. Mais si la rentrée vous donne envie d’un texte qui secoue vraiment, qui parle de nature, de savoir et de ce qu’on serait prêts à oublier pour continuer d’exister, celui-ci mérite franchement le détour. Un auteur de polar qui vise les étoiles sans se casser la figure, c’est assez rare pour qu’on s’y arrête.

Crédit photo : Plon

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