
Il y a des livres qu’on ouvre en se disant qu’on lira trois pages avant de dormir, et qu’on repose à deux heures du matin, un peu sonné. « Le Visage de la nuit », paru en janvier chez L’Iconoclaste, fait exactement ça. Cécile Coulon y raconte un enfant qui a survécu à une fièvre et qui, depuis, cache son visage. Personne ne le voit. Alors il vit la nuit.
Chaque soir, il quitte le presbytère où on l’a recueilli et file dans la forêt. Sous la lune, les arbres deviennent son royaume, le seul endroit où le regard des autres ne l’atteint plus. Puis l’adolescence arrive, et avec elle une jeune fille qui ne ressemble à personne du village. Elle aussi porte un secret. Elle aussi rêve de fuir ce qu’on lui a promis comme destin.
Sur le papier, c’est un conte. Coulon assume d’ailleurs cette filiation, la forêt, la malédiction, le monstre qu’on désigne du doigt. Sauf que voilà, elle n’écrit pas une jolie fable pour enfants sages. Le village est rongé par des haines qui remontent à des générations, et le livre montre, très concrètement, comment la peur se transforme en cruauté et comment une petite communauté peut basculer dans la barbarie sans même s’en rendre compte. C’est âpre, c’est sombre, et par moments c’est franchement dur.
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Ce qui frappe, c’est la langue. Coulon écrit au passé simple, ce temps qu’on croyait réservé aux vieux romans, et ça donne au texte une dimension hors du temps, presque hypnotique. Sa prose est charnelle, précise, capable de passer d’une lenteur contemplative à la noirceur la plus dense en une phrase. On comprend pourquoi le roman est finaliste du Grand Prix RTL-Lire et du Prix Gibert, et pourquoi les libraires le poussent depuis six mois.
Alors oui, il faut aimer les histoires qui ne rassurent pas. Ceux qui cherchent une lecture d’été légère passeront leur chemin. Mais si vous avez envie d’un roman qui vous prend à la gorge, qui parle d’adolescence, de désir et de la façon dont on fabrique des monstres, celui-là tient toutes ses promesses. Coulon confirme qu’elle est l’une des voix les plus solides de sa génération. Et à 288 pages, ça se lit d’une traite, quitte à y perdre une nuit de sommeil.
Crédit photo : L’Iconoclaste





