
On croyait avoir fait le tour des secrets de Stonehenge. C’était sans compter sur une dalle en particulier, celle qu’on appelle la Pierre d’autel, couchée au centre du cercle mégalithique. Pendant des décennies, on l’a rangée avec les autres pierres bleues venues du pays de Galles. Erreur. Une analyse géochimique a fini par trahir sa véritable origine, et elle a de quoi laisser songeur.
Cette dalle de près de six tonnes ne vient pas du pays de Galles. Elle vient du nord-est de l’Écosse, du bassin orcadien, à quelque chose comme 750 kilomètres de la plaine de Salisbury où elle repose aujourd’hui. Pour situer, c’est à peu près la distance qui sépare Paris de Marseille. Sauf qu’ici, on parle d’un bloc de roche déplacé il y a environ 4500 ans, par des gens qui n’avaient ni la roue généralisée, ni le métal, ni rien qui ressemble à un chantier moderne.
Robert Ixer, l’un des chercheurs derrière cette découverte, a eu un mot resté célèbre dans le petit monde de l’archéologie britannique. Il a parlé d’un résultat « franchement choquant ». Et il y a de quoi. Aucun autre monument de cette époque ne semble avoir nécessité le transport d’une pierre sur une telle distance. C’est une exception, un cas qui sort complètement des clous.
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Le plus troublant, c’est qu’on ne sait toujours pas comment ils s’y sont pris. Tirer six tonnes sur 750 kilomètres de terrain accidenté, de forêts, de marécages et de reliefs, à la seule force des bras et de quelques rondins, ça relève presque de l’impossible. Beaucoup de spécialistes penchent désormais pour une voie maritime, un transport par la mer le long des côtes, qui aurait été nettement plus réaliste qu’un interminable cortège terrestre. Reste que ça suppose des embarcations capables de supporter une telle charge, et une sacrée maîtrise de la navigation.
Ce qui se dessine derrière cette dalle, c’est surtout l’image d’une société néolithique bien plus organisée et connectée qu’on ne l’imaginait. Des populations capables de coordonner un projet pareil, sur des distances qui couvrent une bonne partie de l’île, avec une logistique, une motivation collective, peut-être même une dimension politique ou sacrée qu’on ne fait qu’effleurer. On ne déplace pas six tonnes par caprice.
C’est aussi ça qui rend Stonehenge inépuisable. À chaque fois qu’on croit le monument apprivoisé, il ressort une carte de sa manche. La Pierre d’autel vient de redistribuer une partie de ce qu’on pensait savoir sur les bâtisseurs de la Préhistoire britannique. Et la question du « comment » reste entière, ce qui n’est pas pour me déplaire. Un mystère qui résiste, c’est un mystère qui continue de faire travailler les imaginations.
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