
Il y a des groupes dont on croit avoir fait le tour, et puis ils vous rappellent à l’ordre. Interpol vient de sortir This Mirror Weighs a Ton, son huitième album, le premier depuis The Other Side of Make-Believe en 2022. Et pour une fois, le disque tient toutes ses promesses.
La pochette donne le ton : un lustre baroque entièrement composé de caméras de surveillance, braquées vers le vide. On est en 2026, difficile de faire plus juste.
Ce qui frappe, c’est le retour à New York. Le groupe a enregistré chez lui pour la première fois depuis plus de dix ans, avec Andrew Wyatt à la production et Dave Fridmann au mixage, deux pointures. Douze titres, sortis le 28 août dernier chez Partisan Records. On sent que Paul Banks, Daniel Kessler et les autres avaient quelque chose à prouver.
Et ça s’entend. La voix caverneuse de Banks, la guitare tranchante de Kessler, cette basse qui vous prend au ventre. Rien de neuf sur le papier, sauf que tout est mieux tenu. Brad Truax, longtemps bassiste de tournée, devient membre officiel et signe ses premières lignes. Celle du morceau-titre, il l’a pensée en écoutant Massive Attack. Ça s’entend là aussi.
L’album existe aussi en vinyle et en CD, pour ceux qui préfèrent l’avoir en vrai plutôt qu’en streaming.
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La presse suit. Metacritic affiche 83, NME lâche 4,5 sur 5 et parle de leur disque le plus cohérent et le plus ambitieux depuis des années. Plusieurs critiques vont jusqu’à dire qu’il faut remonter à Antics, en 2004, pour retrouver un Interpol aussi sûr de lui. C’est beaucoup dire, mais l’écoute leur donne raison plus souvent qu’à leur tour.
Trois morceaux à retenir : « Bird and the Serpent », hymne taillé pour les stades, « Wake Up » et son riff qui vous cueille, et « Enemy », ballade au piano d’une tristesse superbe. On dit d’ailleurs que l’album doit beaucoup au concert monstre du groupe à Mexico en 2024, plus de 150 000 personnes. Quand on a vécu ça, on ne revient pas timide.
Alors non, ce n’est pas une révolution. Interpol reste Interpol, post-punk élégant et un peu glacial, fidèle à la formule qu’il a inventée il y a vingt ans. Ceux qui attendaient une rupture repartiront bredouilles.
Mais pour tous ceux qui avaient vingt ans en 2002, à l’époque de Turn On the Bright Lights, c’est une vraie retrouvaille. Et l’une des plus belles de cette rentrée.
Crédit photo : Partisan Records





