Culture

Alberto Vázquez cache un cauchemar anticapitaliste sous deux souris toutes mignonnes, et ça donne Decorado

posted by Vincent 24 août 2026
Affiche officielle de Decorado d'Alberto Vazquez : deux souris assises sur un echafaudage devant une immense lune violette

Certains films vous mettent mal à l’aise dès l’affiche, et c’est parfaitement voulu. Deux souris toutes douces assises sur un échafaudage, une énorme lune violette, et juste à côté une silhouette cornue qui ricane dans le noir. Bienvenue dans Decorado, le nouveau long métrage de l’Espagnol Alberto Vázquez, en salles mercredi 26 août.

L’histoire tient en une phrase et vous glace quand même. Arnold est une souris de la classe moyenne, au chômage, en pleine crise existentielle, qui vit dans une ville entièrement pilotée par une corporation ultralibérale baptisée A.L.M.A. Sa femme María essaie de garder le ménage à flot. Et petit à petit, Arnold comprend que son monde n’est peut-être qu’un décor de théâtre monté de toutes pièces, où quelqu’un tire les ficelles.

Vázquez n’est pas un débutant. Après Psiconautas et Unicorn Wars, Decorado vient clore une sorte de triptyque anticapitaliste où des animaux adorables servent à raconter des choses franchement noires. Le film est tiré de son court métrage de 2016, déjà primé aux Goya, et il a décroché cette année le prix Paul Grimault au festival d’Annecy, celui qui récompense l’ambiance et l’ambition artistique d’une œuvre. Pas rien.

Unicorn Wars (Blu-ray)

Envie de decouvrir le Vazquez d’avant ? Son precedent long, tout aussi noir sous ses airs mignons, existe en Blu-ray :

Unicorn Wars (Blu-ray) → voir sur Amazon

Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Alors qu’est-ce que ça vaut ? Visuellement, c’est du grand art. Les décors sont volontairement faux, cartonnés, et cette artificialité assumée finit par créer une vraie sensation d’étouffement, même quand les couleurs virent au chaud et au pastel. On tient là ce que l’animation adulte européenne fait de mieux, à mille lieues des standards Disney. Et la galerie de personnages, une classe moyenne désabusée jusqu’à l’os, fait mouche.

Il y a un bémol quand même. À force de vouloir tout embrasser, l’aliénation, la surveillance, la société de consommation, le film s’éparpille et n’approfondit vraiment aucun de ses sujets. Sa conclusion m’a paru étonnamment sage, presque timide, pour un objet aussi frontal. Vázquez repère brillamment les mécanismes qui nous conditionnent, mais il peine à leur opposer une vraie porte de sortie.

Au bout du compte, une expérience singulière, 1h35 qui ne ressemblent à rien d’autre à l’affiche cet été. Si vous cherchez du dessin animé pour occuper les enfants, passez votre chemin, c’est un film d’adultes, cynique et un peu déprimant sur les bords. Mais si vous aimez quand l’animation gratte là où ça fait mal, foncez.

Crédit photo : Le Pacte

Leave a Comment

À lire