
Il y a des voix qui vous arrêtent net. Celle de Sienna Spiro est de celles-là. Cette Anglaise de vingt ans a commencé par poster des vidéos sur TikTok en 2021, elle a fini par signer chez Capitol, et son premier album Visitor est sorti le 3 juillet. Depuis, il ne quitte plus les platines de la moitié des amateurs de soul que je connais.
Le disque tient en dix titres et trente-trois minutes. Autant dire qu’il ne s’éternise pas. Et pourtant il en dit long. Spiro chante l’amour, la perte, la fragilité des choses, avec une voix de mezzo-soprano posée sur un léger grain rocailleux qui fait tout le charme. Elle vise clairement les grandes, celles qui traversent les décennies sans prendre une ride.
Musicalement, le pari est assumé jusqu’au bout. On est sur de la soul enveloppée de cordes façon Philadelphie, une instrumentation live, des arrangements qui sonnent volontairement d’un autre temps. Rien de moderne, rien de calibré pour les algorithmes, ce qui est plutôt savoureux quand on sait d’où vient la demoiselle. Derrière, une petite armée de faiseurs de tubes, d’Emile Haynie à Leon Michels en passant par Blake Slatkin, avec Omer Fedi et Michael Pollack à la production exécutive.
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Le public a suivi, et pas qu’un peu. Visitor s’est classé numéro 2 au Royaume-Uni, ce qui en fait le premier album le plus rapidement vendu de 2026 là-bas, plus une neuvième place au Billboard américain et un disque d’argent dans la foulée. Pour une inconnue il y a quatre ans, c’est vertigineux.
Alors est-ce que tout est parfait ? Non. La critique a été globalement bienveillante, un 63 sur Metacritic, mais plusieurs voix pointent la même chose : l’écriture ne tient pas toujours la comparaison avec le coffre. Quand vous avez un instrument pareil, le moindre couplet un peu tiède se remarque tout de suite. Il lui manque encore, par endroits, une signature bien à elle sous les influences très identifiables.
Ça reste un premier disque impressionnant, sincère, qui prend le contre-pied de tout ce qui cartonne en ce moment. Si vous aimez les vraies voix et les cordes qui font monter les larmes, foncez. Pour le reste, on la surveille de très près, parce qu’une fois l’écriture au niveau de la voix, ça risque de faire très mal.
Crédit photo : Capitol Records





