Culture

Paul Murray plante une famille irlandaise au bord du gouffre, et La Piqûre d’abeille est le pavé de la rentrée qu’on dévore sans voir les pages défiler

posted by Vincent 23 août 2026
Couverture du roman La Piqûre d'abeille de Paul Murray, éditions Albin Michel

Il y a des romans de 688 pages qu’on repose au bout de cinquante. Celui-là, on le termine. Et vite.

Paul Murray, romancier irlandais qu’on lisait jusqu’ici surtout en anglais, débarque enfin en grand format français avec La Piqûre d’abeille, traduit par Pierre Demarty chez Albin Michel depuis le 19 août. Le livre était paru en 2023 sous le titre The Bee Sting, sélectionné pour le Booker Prize, sacré meilleur roman irlandais de l’année. Autant dire qu’il arrivait avec une réputation à tenir.

L’intrigue tient dans une phrase que l’éditeur ne cache même pas : ça ne tourne plus vraiment rond chez les Barnes. Dickie gère la concession automobile héritée de son père, sauf que voilà, plus personne n’achète de voitures et le garage prend l’eau. Imelda, sa femme, revend ses bijoux en ligne pour boucler les fins de mois. Cass, la fille, prépare ses examens et rêve déjà d’ailleurs. Et PJ, le petit dernier, encaisse en silence des choses qu’un gamin ne devrait pas encaisser.

Murray raconte tout ça par quatre voix, chacune reprenant la même histoire par son bout à elle. On croit avoir compris une scène, et le chapitre suivant vient tout retourner. C’est là que le bonhomme est très fort : il transforme une chronique familiale au fond assez banale en quelque chose qui vous serre la gorge sans prévenir.

La Piqûre d'abeille - Paul Murray (Albin Michel)

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Et puis il y a la forme. La longue section d’Imelda file sans presque aucune ponctuation, un flot de conscience qui pourrait agacer et qui, en pratique, vous embarque complètement. C’est le genre de pari qui casse un roman ou le fait décoller. Ici il décolle.

Alors oui, 688 pages et 24,90 euros, ça peut faire hésiter à la caisse. Mais c’est un de ces livres qu’on garde pour la rentrée, qu’on lit le soir en oubliant l’heure, et dont on referme la dernière page un peu sonné. Le titre, cette histoire de piqûre d’abeille le jour du mariage d’Imelda, prend d’ailleurs tout son sens à la fin. Je n’en dis pas plus.

Sélectionné pour le prix du roman Fnac 2026, déjà repéré par les lectrices de Elle. Si vous cherchez le gros roman qui tient ses promesses cette rentrée, c’est probablement celui-là.

Crédit photo : Albin Michel

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