
Il y a des affaires que la justice a refermées faute de coupable, et que plus personne n’ose rouvrir. Philippe Jaenada, lui, en a fait son terrain. Dans « L’Inconnue du quai de Javel », qui vient de paraître chez Flammarion, il déterre un fait divers de septembre 1949 : le corps de Louise Cansot, ancien modèle des peintres de Montparnasse, retrouvé au bord de la Seine, sans sac, sans chaussures, les cheveux encore mouillés. L’enquête de l’époque a fait chou blanc. Soixante-dix-sept ans plus tard, il s’y colle.
Ceux qui ont lu « La Serpe » ou « Au printemps des monstres » connaissent la recette. L’homme passe des mois dans les archives, arpente les lieux, recoupe les témoignages, et raconte tout ça au présent, comme s’il marchait à côté de vous. Ici, il convoque même Maigret. C’est la patience du commissaire de Simenon qu’il applique à un vrai cadavre, pas à un personnage de roman.
Le livre fait plus de 500 pages, et pourtant on ne décroche pas. C’est sa vraie réussite : transformer un dossier judiciaire poussiéreux en machine à tourner les pages. Il y a l’enquête, bien sûr, mais aussi le reportage, le travail d’historien, et surtout ce carnet de bord où il s’autorise tout. Ses aveux de fainéantise (« j’ai la flemme de chercher », lâche-t-il), ses digressions qui partent en vrille, et même quelques échanges assez drôles avec ChatGPT et Claude, qu’il consulte comme des assistants un peu bornés. On rit franchement, au milieu d’une histoire pourtant sordide.
Le pavé de Jaenada, si l’envie de vous y plonger vous prend :
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Ce mélange, c’est justement ce qui agace une partie des lecteurs. On vient pour un meurtre, on repart avec les états d’âme de l’auteur. Sauf que voilà, c’est précisément ce qui fait le sel de ses livres. Jaenada ne joue pas au procureur, il se présente lui-même en avocat de la défense, obsédé par l’idée de rendre justice aux oubliés. Louise Cansot redevient une personne, pas juste une ligne dans un vieux fait divers.
Faut-il être fan de true crime pour s’y plonger ? Pas vraiment. Il faut surtout aimer les histoires bien racontées, le Paris des faussaires et des modèles, et cette façon qu’a Jaenada de vous prendre par la manche. À 23 euros, pour un pavé qui vous tient trois semaines, c’est une des valeurs sûres de cette rentrée. Moi, je le mets tout en haut de la pile.
Crédit photo : Flammarion





